Sécurité routière : état des lieux

Par Thierry Valet *

Notre pays peut aujourd’hui s’enorgueillir d’un bien triste palmarès en matière d’insécurité routière. Le bilan des accidents de la route et leurs conséquences n’ont en effet jamais cessé de s’aggraver. Les années se suivent et se ressemblent, malgré les nouvelles et nombreuses mesures répressives prises ces derniers temps, pour tenter d’influer sur le comportement des conducteurs calédoniens. La peur du gendarme a atteint ses limites : le nombre et la disponibilité des forces de l’ordre aussi. Ceux qui pensaient naïvement que des délibérations supplémentaires exclusivement répressives, copier-coller de la législation métropolitaine, allaient constituer le remède spectaculaire attendu, en ont été pour leurs frais. En effet, si l’on pouvait comprendre, il y a quelques années encore, que l’arsenal juridique était insuffisant, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et le constat s’impose : la répression n’a pas fait reculer l’insécurité routière.

Pire même, elle apparaît pour nombre d’usagers en règle en matière de permis de conduire, d’assurances, soucieux de respecter la loi, comme un moyen de les transformer en vaches à lait d’un système dont l’objectif principal n’est pas l’amélioration de la sécurité sur les routes, mais bien de renflouer les finances des collectivités par l’imposition de sanctions limitées à une partie seulement de la population des conducteurs. L’annonce récurrente de l’achat de matériels répressifs par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, au profit des forces de l’ordre chargées d’appliquer cette répression (en l’occurrence l’Etat – c’est le monde à l’envers : la Nouvelle-Calédonie finance l’Etat…) apparaît aux yeux de certains comme une opération de communication particulièrement lucrative (près d’un milliard de francs CFP en 2012, dont seulement 26% sont effectivement recouvrées hors du Grand Nouméa).

Le sentiment que rien n’est fait contre ceux, toujours plus nombreux, qui conduisent sans permis, sans assurance, inaccessibles aux sanctions annoncées avec grand renfort de communication par les responsables du secteur (comment retirer le permis à celui qui roule sans ?…) ne fait que s’accentuer dans la population. Peut-on imaginer, de manière très cynique, que, de la part du gouvernement et des élus, l’effet d’annonce de mesures toujours plus répressives est une fin en soi ? Les forces de l’ordre sont bien incapables aujourd’hui de répondre aux sollicitations que la situation catastrophique de la route calédonienne fait naître. Leurs effectifs ont été revus à la baisse et une brigade de gendarmerie a même été supprimée (Moindou) avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

Enfin, on a assisté ces dernières années à une communication tous azimut spectaculaire de la part du gouvernement calédonien (500 millions dépensés en dix ans) dont l’effet sur le comportement des conducteurs à risque reste, au vu des résultats enregistrés, bien douteux. L’organisation, il y a six ans, du troisième Forum sur la sécurité routière au centre Tjibaou a été l’occasion d’échanges et de rencontres entre différents acteurs du secteur. Quelques années plus tard, on attend toujours la mise en œuvre de la plupart des recommandations énoncées à cette occasion, et les décisions politiques indispensables en la matière. Cette grand-messe n’a pas répondu à l’acuité de la situation et à l’attente des Calédoniens. En somme, l’insécurité routière apparaît comme une composante structurelle de la société calédonienne, sans remède possible autre que la répression, et les conséquences de cette situation comme les dommages collatéraux de cette société en devenir. Ce constat général établi, il convient d’analyser la situation plus en détail, et dégager les perspectives d’une action vigoureuse, soutenue par une volonté politique affirmée, et inexistante jusqu’à ce jour, pour que la fatalité de la route calédonienne n’en soit pas une et qu’au terme d’une génération, la composante sécurité routière devienne partie intégrante du contenu de la citoyenneté calédonienne.

1. Les constats

= Des statistiques aléatoires (quand elles sont disponibles)

Un chiffre aussi simple que le nombre de tués sur les routes (morts d’un accident de la circulation à trente jours) fait chaque année débat et peut varier selon les sources.

=  Certaines statistiques sont inexistantes 

Le détail des différents permis passés chaque année n’a jamais été rendu public ( a-t-il même été au moins établi ?) quoique maintes fois réclamé par la Prévention routière. Ces données sont pourtant essentielles à l’estimation de la situation (nombre de conducteurs sans permis par exemple).

= Une ghettoïsation de la jeunesse, avec l’explosion de la conduite sans permis

Il est d’ores et déjà établi (rapport INSERM 2008) que moins d’un jeune sur deux passe aujourd’hui son permis de conduire (permis B). Combien sont-ils, toutes générations confondues, à rouler sans permis ? Plusieurs dizaines de milliers, sans aucun doute ! On peut s’étonner qu’aucune étude des services gouvernementaux concernés n’ait jamais été diligentée devant l’urgence et l’acuité de la situation. Incapacité ? Volonté évidente de dissimulation ? Refus de prendre en compte les conséquences politiques d’un constat alarmant ?

Un ancien procureur en poste en Nouvelle-Calédonie, faisant preuve de beaucoup de réalisme et de bon sens, me confiait un jour qu’il lui était impossible d’ordonner des contrôles systématiques sur le sujet : que faire des foules d’infractions constatées, alors que, dans le même temps, aucune formation au permis n’est offerte à la population concernée ? Il est établi clairement que c’est dans le Nord et aux Iles que la conduite sans permis atteint des sommets (plus de 50% dans certaines régions). Mais ce phénomène atteint également la brousse en Province sud, et de plus en plus le Grand Nouméa. Ainsi, l’ensemble du territoire est soumis aux conséquences dommageables de cette situation.

= Pourquoi conduit-on sans permis ?

Dans l’immense majorité des cas, ce sont le coût de la formation et la disponibilité de celle-ci qui sont en cause. Prétendre que tous ces conducteurs refusent de passer le précieux examen est faux. Preuve en a été faite par le passé, chaque fois qu’une formation à des tarifs accessibles fut proposée aux populations dans le cadre des actions entreprises par la Prévention routière.

Ainsi, c’est par centaines que se sont inscrits les habitants de Ouégoa lors d’une première formation dans la commune, il y a une quinzaine d’années. Il fallut même recourir à la salle des sports de la commune pour organiser la formation au code… Il convient également de garder à l’esprit que les populations des communes reculées ont souvent été victimes d’abus de la part de certaines entreprises d’auto-écoles, ici disparaissant avec la caisse après avoir été réglées de la formation, là faisant passer un permis pour plusieurs centaines de milliers de francs…

= Une éducation insuffisante (quand elle existe)

La situation en la matière est disparate. Si on constate avec satisfaction que la Province sud a intégré la prévention et l’éducation routières dans les programmes du primaire, cette action est encore partielle et volonté, en premier lieu, des enseignants. Cette collectivité a de tout temps soutenu l’action de la Prévention routière et le fonctionnement de ses pistes d’éducation. En retour, l’ensemble des écoles de la Province a été doté de moyens pédagogiques mis à disposition par la Prévention routière. Et l’on peut considérer que la très grande majorité des élèves du primaire en Province sud reçoit aujourd’hui, à tout le moins, une initiation à la sécurité routière.

Pour ce qui est des Provinces nord et îles, les moyens engagés sont moins importants sans être inexistants. Ainsi, par le passé, chacune des Iles Loyauté a été dotée, soit sur fonds propres, soit sur intervention de l’Etat, de pistes mobiles d’éducation routière. L’état de fonctionnement et l’utilisation de ces pistes reste à être vérifié à ce jour. En Province nord, le projet de piste provinciale à Koumac initiée par la Prévention routière est au point mort. L’annonce par le gouvernement, qui a repris l’initiative à son compte, du début des travaux de réalisation de cette piste ressemble fort à l’Arlésienne et le terrain mis à disposition du projet par la commune de Koumac constitue une friche remarquable au sein de l’agglomération nordiste. Il convient de noter l’action soutenue des GPMA en Province nord, basés à Koné et Koumac, et qui contribuent de manière efficace, au niveau de leurs moyens, à la formation à la sécurité routière et au permis de conduire.

Au niveau du secondaire, les actions entreprises reposent presque exclusivement sur quelques initiatives d’enseignants, de documentalistes, d’infirmiers sensibilisés à l’importance du problème posé. L’action de quelques associations souvent sans réels moyens complète l’éventail des interventions en matière d’éducation routière. On peut globalement constater un déficit important dans ce domaine de l’éducation, de la prévention et de la formation, pas de volonté politique affirmée en la matière, et, par conséquent, peu de moyens engagés en regard de l’importance du sujet. Il est symptomatique que la DENC n’ait pas décrété comme prioritaire cette question fondamentale, toute aussi importante dans notre pays que l’apprentissage des fondamentaux que sont la lecture et l’écriture…

= La formation au permis de conduire

C’est aujourd’hui l’apanage presque exclusif des entreprises d’auto-écoles. Celles-ci, au nombre d’une vingtaine sont en grande majorité basées à Nouméa. A population égale en Métropole, leur nombre serait du double. Ainsi, on constate un déficit très important de l’offre de formation globale. Cela constitue l’une des raisons structurelles du phénomène de conduite sans permis.

Les disponibilités sont insuffisantes, d’autant plus que des secteurs très étendus du pays en sont dépourvus.(une auto-école aux Iles, trois en Province nord). L’enseignement de la conduite requiert la possession du BEPECASER-T (Brevet pour l’exercice de la profession d’enseignant de la conduite automobile et de la sécurité routière-Territorial). La formation à ce diplôme a été à ce jour assurée exclusivement par l’association Prévention routière, avec des moyens souvent dérisoires et des bâtons dans les roues de la part des administrations en charge du secteur, la volonté de certains ayant toujours été de contester le bien-fondé du Code de la route territorial, compétence locale depuis toujours, et dont nombre d’élus n’a visiblement pas mesuré toute l’importance.

Cette association n’est plus en mesure aujourd’hui d’organiser une telle formation. Ce sont pourtant 40 moniteurs d’auto-école qu’il convient de former rapidement si notre pays doit atteindre l’offre de formation suffisante pour faire face à la situation qu’il connaît. En l’état actuel des choses, les postes disponibles sont pourvus par des enseignants titulaires du BEPECASER métropolitain, arrivés récemment dans notre pays. Il est également symptomatique qu’aucun code de la route, destiné aux candidats au permis, décrivant les spécificités locales en la matière, ne soit disponible. C’est donc le recours automatique aux manuels métropolitains qui est la pratique consacrée. On peut légitimement s’interroger dans ces conditions sur la volonté des responsables concernés de défendre notre Code de la route. Pour être complet sur le sujet, il convient de noter que la conduite accompagnée (à partir de 16 ans accompagnée d’un tuteur), est pratiquée presque exclusivement dans le Grand Nouméa, la disponibilité de tuteurs détenteurs du permis au-delà de cette zone et l’offre de formation étant bien plus rares au-delà.

2. Les remèdes

= La nécessité d’une volonté politique forte 

L’action à entreprendre est multiple, elle est également conséquente. Que ce soit en matière de moyens humains, d’équipements, de fonctionnement, l’investissement dans une véritable politique de sécurité routière sera très important. Cet engagement ne saurait être ponctuel, et prendre la forme d’un effet d’annonce comme ce fut presque toujours le cas jusqu’à présent.

Gardons à l’esprit l’estimation établie en 2005 par le CES en matière d’insécurité routière. A l’époque, on estimait le coût social des accidents de la route à 12 milliards par an. Ce chiffre peut aujourd’hui être facilement porté à 15 milliards, voire davantage. Il est supporté par la société calédonienne dans son ensemble. On peut donc facilement constater que les moyens mis en œuvre jusqu’à présent en matière de prévention et de formation ont été dérisoires.

Au fil des ans, cette action de prévention, assumée depuis soixante ans par la Prévention routière, a grandement diminué, notre association se voyant progressivement privée de moyens de fonctionnement.

C’est par la volonté de quelques bénévoles que le comité local fonctionne encore et assume, autant que faire se peut, sa mission. L’illusion que la prévention pouvait être assumée exclusivement par la DITTT ainsi que l’ont prôné certains ex-« ministres » en charge du dossier a fait long feu et l’indigence en matière de prévention a perduré.

Quel échec institutionnel en la matière !

 

3. Les fondements d’une politique réaliste et ambitieuse

Une condition incontournable : la résorption de la population de conducteurs sans permis passera obligatoirement par un engagement politique fort.

= En matière de formation

C’est la délibération 127 du 21 août 1990 qui règlemente et organise la formation de moniteurs d’auto-école. 40 moniteurs à former, une offre de formation généralisée, une aide à la formation au permis pour tous. Ce sont des dizaines de jeunes calédoniens qui pourront demain exercer un métier de contact humain, et colporter la culture de la sécurité routière chez eux, dans leur Province, dans leur commune, dans leur tribu. Ce chantier de grande ampleur passe par l’identification, la sélection de futurs candidats, leur motivation ; il s’adresse à tous, hommes ou femmes, sur l’ensemble du pays. Il sera chapeauté par un directeur de formation.  Les services territoriaux seront chargés de faciliter cette formation. Celle-ci pourra être pérennisée par la suite et étendue à d’autres formations : moniteurs poids lourd, transport en commun, etc.

Objectif : une offre de formation disponible dans chaque commune du pays. Cette offre de formation s’accompagne d’une aide généralisée en matière de financement des formations. Une participation financière des candidats sera cependant toujours requise afin que ceux-ci restent responsabilisés à la formation qu’ils reçoivent. Ainsi, nul ne pourra plus prétexter que « le permis coûte cher ».

Objectif : plus d’obstacle financier à la présentation du permis de conduire. La mise en place de pistes d’éducation routière dans chaque commune doit constituer un objectif prioritaire. On sait que les parents sont les éducateurs de leurs enfants.

En matière de sécurité routière, à travers l’école, nos enfants seront les éducateurs des adultes et influeront sur leur comportement sur la route. Eux-mêmes, devenus adultes, auront ainsi acquis cette culture de sécurité qui fait défaut aujourd’hui. Ces pistes d’éducation routière doivent constituer pour chaque commune un équipement obligatoire. Elle requiert là encore la formation d’animateurs.

Objectif : chaque élève, où qu’il se trouve en Nouvelle-Calédonie, aura reçu, au cours de son cursus primaire, une éducation à la sécurité routière.

= En matière d’information

Chaque acteur concerné doit disposer de l’information nécessaire en matière de sécurité routière. La mise en place d’un service ressources, tant en ce qui concerne la pédagogie, la réglementation, l’organisation des moyens, est impérative. Chacun doit pouvoir disposer d’un interlocuteur susceptible de répondre à ses besoins en la matière. C’est le rôle qu’a assumé pendant des années la Prévention routière, répondant chaque mois à plusieurs centaines d’appels téléphoniques.

Objectif : une diffusion permanente de l’information en matière de sécurité, de réglementation, mais également en retour, l’identification, au jour le jour, des besoins en la matière.

 

4. L’éducation

L’inscription de l’éducation routière obligatoire dans les programmes scolaires, tant au primaire qu’au secondaire, constituera une avancée décisive dans le combat mené. Ceci relève dès aujourd’hui des Provinces en ce qui concerne le primaire, et de la Nouvelle-Calédonie pour le secondaire. La fourniture de documentation et de supports pédagogiques adéquats, d’ores et déjà disponibles et éprouvés, au niveau métropolitain, en quantité suffisante est possible sans délais dès lors que la demande en sera effectuée.

Pour ce qui concerne la formation au permis de conduire, l’édition d’un manuel du code de la route correspondant aux réalités du pays est impérative. Ce support édité à un prix accessible permettra entre autres de familiariser les candidats avec leur environnement local, il permettra également d’identifier les différences existant entre les codes de la route métropolitain et calédonien. Dans le cadre du grand chantier de formation au permis de conduire évoqué ci-dessus, cet outil s’avèrera indispensable.

Objectif : présenter de façon concrète aux Calédoniens notre code de la route, le rendre accessible à tous.

Enfin, toujours en matière d’éducation, il convient de noter l’importance grandissante des demandes d’intervention en collège et en lycées qui ne peuvent être satisfaites. En Métropole, le Brevet d‘éducation routière (BER) et l’Attestation scolaire de sécurité routière ont apporté une réponse efficace à cette question, ainsi le passage de différents permis est aujourd’hui conditionné à l’obtention préalable du BER ou de l’ASSR au collège et au lycée. La démultiplication des moyens (ce sont les enseignants qui interviennent) permet d’établir un continuum éducatif en matière de sécurité routière, et amène les jeunes au permis après avoir baigné pendant toute leur scolarité dans une culture de sécurité routière.

Objectif : mettre en place le Brevet d’éducation routière et l’Attestation scolaire de sécurité routière dans le secondaire en Nouvelle-Calédonie.

Enfin, des actions passées et très populaires, telles que des campagnes d’éclairage et de signalisation, la distribution gratuite d’alcootests, les interventions radiophoniques quotidiennes, ou en partenariat avec des membres de la société civile, des entreprises, des collectivités, doivent reprendre dès que possible. Il est à noter que la dernière campagne d’éclairage et de signalisation remonte à une quinzaine d’années… Afin de rendre lisible l’action des autorités dans l’action menée, il convient d’envisager la création d’un poste de délégué à la Sécurité routière, tel qu’il en existe en Métropole qui, par son indépendance, sa compétence, sa force de propositions, constituera l’autorité morale garante de la mise en œuvre et de l’exécution de l’immense chantier à venir. Celui-ci incarnera la volonté politique nouvelle d’amélioration et de changement en matière de sécurité routière. En ce sens, l’approbation du plan quinquennal de sécurité routière par le Congrès est évidemment une bonne chose. Reste à prouver qu’à quelques mois d’échéances électorales importantes, ce n’est pas une énième déclaration d’intention de nos chers élus qui semblent soudain se réveiller en matière de sécurité routière.

Les propos de cette tribune n’engagent que leurs auteurs.

 * Ancien président de la Prévention routière.

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