Le spectre des désillusions électorales

Roch Wamytan avait été le premier à annoncer la douleur. Fin octobre 2013, à New York d’abord, puis dans la foulée à Paris, lors du XIe comité des signataires. Le corps électoral « tronqué » et « faussé », sur la base des vérifications effectuées par l’Union calédonienne depuis que le Haut-commissaire a retrouvé la liste manquante de 1998, ne peut être celui qui se présentera devant les urnes en mai-2014. Il doit être « corrigé et nettoyé »… A cette même époque, Louis Kotra Uregeï n’avait pas eu besoin du comité des signataires, où il n’avait pas été convié, pour exprimer les mêmes doutes et menaces au sujet de ce corps électoral. Lors d’une conférence de presse, le leader du Parti travailliste en était arrivé aux mêmes conclusions que le président du Congrès. En ayant effectué leurs propres contrôles, les membres du mouvement de LKU avaient décelé des anomalies similaires et la présence de nombreux électeurs qui ne devraient pas être inscrits sur cette liste spéciale. Déjà, à six mois de cet important scrutin, il semblait évident que l’immobilisme aurait pu déboucher sur des postures nous ramenant au début des années 80. Non plus à cause d’un statut Lemoine, point de départ des Evénements, mais en raison d’un corps électoral remis en cause par les indépendantistes.

L’Etat, qui a permis au FLNKS et au Parti travailliste de rechercher plus sereinement les éventuelles erreurs, avec cette liste générale de 1998 récupérée aux Archives de la Nouvelle-Calédonie, ne pouvait pas faire la sourde oreille longtemps. Ainsi, après que Jean-Jacques Brot ait estimé sur les ondes de Radio Océane qu’il n’y avait pas de « polémique » sur le sujet et que ce futur scrutin devait être « sincère », le Premier ministre vient de donner de nouveaux gages aux indépendantistes, avec cet accord permettant donc à des représentants de l’ONU de participer aux commissions de contrôle des listes prévues en mars prochain. Il y a d’ailleurs fort à parier que les nouvelles doléances de Pierre Frogier – la réunion d’un comité des signataires en urgence et l’éventuel report des provinciales – aient beaucoup moins de chances de trouver des prolongements auprès de Jean-Marc Ayrault que les requêtes de Roch Wamytan.

Dans ce contexte, comme certains s’évertuent à clamer que cette requête du FLNKS et du Parti travailliste relève d’une « surenchère électoraliste », les tensions risquent sérieusement de s’exacerber. Mais pas forcément du côté indépendantiste… En effet, alors que l’union des partis de la droite calédonienne est désormais évoquée, on est en droit de se demander si cela suffira pour obtenir gain de cause. Une nouvelle fois, si l’incompréhension prédomine dans ce dossier, avec des élus qui nient ou remettent en cause la réalité législative, notamment cette jurisprudence de la Cour de cassation, il y a tout lieu de craindre le pire. Bien évidemment, la sagesse voudrait que le pragmatisme s’impose sur les arrière-pensées électoralistes. Malheureusement, rien ne semble accréditer cette perspective d’apaisement. Vous avez dit prochaines déceptions et désillusions en vue ? Reste à en connaître le nombre…

Th. S.

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