Label Bête

Label Bête

BeleBeteLe conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont – recueil « Le magasin des enfants » –  est universellement connu et l’on ne compte… plus les versions tant théâtrales que cinématographiques qui lui ont été consacrées – comédies musicales et animations comprises. On peut légitimement affirmer que le label bête est un gage de succès depuis des décennies. Ici, Christophe Gans – un des fondateurs du génial Starfix – fait dans le blockbuster familial avec gros budget et effets spéciaux, déployant la forme esthétique qui a drainé des millions de spectateurs (« Le pacte des loups » et « Crying Freeman »). À première vue, on en a pour son argent sur l’écran avec des décors numériques somptueux (le château de la bête, entre autres, digne d’un Gustave Doré, ainsi que le tournage des pages d’un livre à la veillée) et quelques séquences oniriques fonctionnant à merveille (le miroir d’Orphée porteur de la malédiction passée ou le faux viol sur lac gelé). Mais à vouloir faire trop beau, le réalisateur passe à côté du sujet, c’est-à-dire l’histoire d’amour (improbable sauf dans les contes) entre Belle et la bête. Depuis le temps, le suspense sur le physique du prince maudit a fait long feu et l’on ne sent à aucun moment le revirement amoureux de sa prisonnière. La bonne idée d’expliquer d’où vient la malédiction est étirée en plusieurs épisodes (les fameux rêves de Belle) et mange le scénario. Si le visage de Léa Seydoux affiche une étrange beauté, Vincent Cassel est sous-exploité et ne terrifie jamais.

Evidemment, on ne peut s’empêcher de faire référence au film de Jean Cocteau et René Clément – 1946 – qui a envoûté et envoûtera toujours des légions de spectateurs avec ses images fantastiques et poétiques, avec ses décors tout en ombre et en lumière, avec la musique fascinante de Georges Auric. Le noir et blanc, nécessité économique de l’époque, apportait la magie, la peur et le frisson, choses que la couleur édulcore. L’arrivée du père de Belle, morceau terrifiant chez Cocteau (statues animées, bras sans corps sortant de l’obscurité), est complètement raté chez Gans. La course au ralenti de Josette Day dans les tentures/tentacules est reprise par Gans, mais il nous la ressert pratiquement en plans de coupe. Enfin, Jean Marais, sans effet outre son costume et sa voix, incarnait avec force la laideur et la grandeur d’âme. Chez Gans, aucune émotion. Enfin, le pompon réside dans les petites créatures canines, censées attirer les enfants dans les salles, s’avérant tout bonnement… ridicules et sans raison. Certes, les petites têtes blondes y trouveront leur conte et les adultes accompagnant apprécieront les effets spéciaux, quoique ennuyeux car trop nombreux. Donc, au risque de passer pour un passéiste, voire un vieux c…, je conseille à tous de revisiter le chef d’œuvre du poète. Immortel comme cette histoire !

Rolross

LA BELLE ET LA BÊTE de Christophe Gans – France – Conte fantastique avec Vincent Cassel, Léa Seydoux, André Dussollier – 1 h 52.

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LE CONTE A FAILLI ÊTRE BON !

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