La peur de l’autre

La peur de l’autre

Heureusement que nous sommes en 2014, tout proche du terme de l’Accord de Nouméa, symbole du vivre ensemble et du destin commun, parce que sinon, nous serions tentés de nous croire revenus des années en arrière. A une époque où il ne faisait pas bon se côtoyer. Ces quelques années de crise où le radicalisme régnait en maître, les uns fustigeant, voire même tirant, sur les autres. En ces moments douloureux, on pouvait sans doute comprendre les distances et les rancœurs qui pouvaient prévaloir dans ces deux camps ennemis.

Mais aujourd’hui, près de trente ans après, alors que les accords de Matignon et de Nouméa sont passés par là, comment traduire cette nouvelle défiance avérée entre les indépendantistes et les non-indépendantistes ? Quel que soit le geste ou l’approche effectué par les uns – Rassemblement ou Calédonie ensemble – vis-à-vis des autres – Union calédonienne et PALIKA – dans certaines communes, notamment dans le Nord, force est de constater que la critique abrupte tombe inéluctablement sur eux. Comme si leur démarche ne pouvait être qualifiée que de traitrise alors que, dans le contexte actuel, il serait bien plus opportun, en effet, de discuter et de travailler ensemble. Plutôt que de rester chacun dans son coin, arc-boutés sur ses convictions.

En ce sens, lundi 24 mars, le journal télévisé de NC 1ère a donné un bien mauvais exemple, invitant d’abord trois élus non-indépendantistes – Sonia Backes, Philippe Gomès et Grégoire Bernut – avant de convier trois indépendantistes – Gilbert Tyuienon, Louis Kotra Uregeï et Charles Washetine – et de donner encore du grain à moudre aux plus radicaux. D’ailleurs, tous les téléspectateurs ont pu se rendre compte de la différence entre les deux trios. Les premiers n’ont cessé de s’invectiver et de se couper la parole pendant que les seconds ont plutôt fait preuve de respect et d’écoute de l’autre.

Nous voulons bien croire que l’Union pour la Calédonie dans la France est un cas à part qui croit que l’on peut gérer le pays tout seul, sans la moindre collaboration avec les indépendantistes, mais tout de même… Leur obstination à s’enferrer dans une dialectique surannée et fantasmagorique ne doit pas obstruer la réalité, bien différente. Fort heureusement, les prochaines provinciales sauront sans doute ramener tout le monde à la raison, à compter du 12 mai. Le lendemain de ce scrutin, il ne sera plus question de fadaises ou d’illusions, mais bien de pragmatisme face aux ultimes défis et enjeux de l’Accord de Nouméa. De nouvelles étapes où chacun devra travailler avec l’autre, sans en avoir peur…

Th. Squillario

7 réflexions sur “La peur de l’autre

  1. Il ne peut y avoir de travail commun, pas plus que de destin commun en l’état actuel des choses. Les uns travaillent à la construction du pays, tâche rendue difficile par les autres qui passent leur temps à le détruire, envoutés par un culte du veau d’or qu’ils vénèrent depuis bien trop longtemps.
    Quant aux accords, ils ne peuvent aujourd’hui qu’être considérés comme une sacrée fumisterie, fruits du fameux slogan cher aux occidentaux, « si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi ». Résultat : aucun changement entre 1988 et 2014. Les deux blocs restent campés sur leurs positions. Et si l’on y regarde de plus près, force est de constater que le mythe de la race supérieure blanche n’a jamais été aussi vivace. Réalité parfaitement palpable lors des débats télévisés.
    En séparant les deux blocs lors du débat télévisé de lundi soir, NC 1ère a fait ressortir une évidence qu’on a souvent tendance à oublier. Nous assistons à la confrontation de deux cultures qui n’ont rien de commun. Deux cultures qui cohabitent mais qui ne se mélangent pas.
    Finalement, si la situation reste en l’état, les calédoniens et les kanak disparaîtront et nous assisterons impuissants à la naissance du Luxembourg du Pacifique imaginé il y a plus de 44 ans par le sieur Pierre Messmer.
    Pauvre Calédonie !

    • Il me parait bien hâtif de tirer ce genre de conclusions, même si on sait que ce projet si cher à m. Messmer reste encore d’actualité pour bien des personnes et des politiciens. Je pense qu’au contraire, l’accord de Nouméa prévoit des garde-fou et des verrous de sécurité de par la position et la situation du peuple kanak. Bien des projets s’articulent autour du peuple kanak et c’est la raison pour laquelle, nous nous acheminons (mais ce n’est qu’une confirmation de ce qui était déjà hier, d’où l’échec de l’intégration sociale par les manquement d’un pouvoir qui n’aura fait que solidifier et cimenter sa domination) vers une représentation de communautés, avec d’un côté un peuple, le peuple kanak
      avec son statut et ses nouveaux droits et obligations, et de l’autre des communautés de droit commun.
      Pouvait on et peut on faire autrement, en l’état des choses pas vraiment, vu que cet état parait bien mal en point, je vous l’accorde. Mais regardons bien notre histoire, plus l’on va dans le temps, plus les murs
      du mensonge s’effondrent ,plus cette réalité si chère à cette caste, à ces clans au pouvoir se fait tout simplement rattraper par une autre réalité, le temps.
      L’accord de Nouméa a ouvert une brèche qui avec le temps ne se refermera plus.Et même si cet accord
      est loin d’être parfait ( faute aussi de volonté et de sincérité chez les partenaires), il aura mis en évidence
      la mentalité plus que déplorable d’une caste au pouvoir qui ne pourra plus survivre demain.

  2. Il me parait bien hâtif de tirer ce genre de conclusions, même si on sait que ce projet si cher à m. Messmer reste encore d’actualité pour bien des personnes et des politiciens. Je pense qu’au contraire, l’accord de Nouméa prévoit des garde-fou et des verrous de sécurité de par la position et la situation du peuple kanak. Bien des projets s’articulent autour du peuple kanak et c’est la raison pour laquelle, nous nous acheminons (mais ce n’est qu’une confirmation de ce qui était déjà hier, d’où l’échec de l’intégration sociale par les manques d’une société qui ne sauraientma

  3. Ce billet de M. Squillario ne manque pas d’intérêt mais il vient 3 ans trop tard ! Si on en est à la situation décrite aujourd’hui, c’est parce que les gestes de rapprochement effectués en 2010, probablement maladroitement sur le plan com, ont été bombardés d’invectives, de dénigrement, de calomnie. Cette stigmatisation de gestes d’ouverture et de bonne volonté dans l’optique d’une « solution consensuelle » a conduit à la situation d’aujourd’hui et c’est – je trouve – regrettable mais pouvait-il en être autrement dans un système où dès que l’un fait un geste, l’autre s’en empare immédiatement pour stigmatiser, calmonier, discréditer ? C’est le lot horrible de la politique à la française et là je rejoins l’auteur : les kanak sont bien moins prompts à fustiger et dénigrer que les Européens !
    Quoi qu’il en soit chacun appréciera hier les rapprochements RUMP-AE-UC-PT dynamités par CE qui aujourd’hui s’affiche sans complexe avec l’UNI-PALIKA et le PS… « Faites ce que je dis mais pas ce que je fais » ?
    Résultat de tout ça : perte de temps, la construction de la calédonie de demain n’avance pas, on revient aux bons vieux clivages d’avant, on dégoûte les Calédoniens de la politique, on n’avance pas sur la question de l’avenir institutionnel du pays, on ne travail pas sur l’équation calédonienne qui appelle à conciclier une revendication indépendantiste légitime mais minoritaire, plus souvent fondée sur un besoin de reconnaissance culturelle qu’un rejet de la France, avec une majorité, multiethnique (bien que majoritairement non-kanak) autonomiste qui veut bien faire des concessions mais surtout pas qu’on lui coupe son cordon ombilical avec la mère patrie…
    Bref, cette mandature qui s’achève aura été, à mon avis, celle des occasions manquées, du grand gâchis, de la fanfaronnade cyber-médiatique, bref du temps perdu…

  4. La verite est un miroir fragmente, nous disent les sages. De ce point de vue les divers commentaires de cet article sont tres interessants, chacun y comportant un fragment du dit miroir. Merci pour cette lecture, puisse l’humilite s’emparer de l’esprit de nos politiques et s’inspirer de ces avis eclaires.

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