En réponse aux 14 questions du MEDEF-NC

En réponse aux 14 questions du MEDEF-NC

Par Stéphane Hénocque *

Messieurs,

Je vous remercie pour votre sollicitation des partis politiques en campagne et je partage tout à fait votre conviction qu’il faut sortir du débat purement institutionnel qui focalise l’attention des groupes politiques en place, pour parler de dossiers plus concrets, dont celui de l’économie.

J’ai déjà eu le plaisir de rencontrer plusieurs d’entre vous lors des législatives 2012 et en d’autres circonstances et je me permets de vous rappeler, avant de répondre à vos questions, que Convergence-Pays est économiquement libéral, au sens noble du terme : nous sommes pour que ceux qui innovent et travaillent (et créent des emplois) soient aidés par un environnement économique favorable. A contrario, nous nous méfions des économies assistées, voire dirigées, et des outils de «  développement » détournés de leur but, comme par exemple certaines protections de marché abusives ou l’outil de la défiscalisation.

Concernant vos questions, nous sommes bien sûr pour le dialogue social et l’évitement des conflits. Nous constatons d’ailleurs une évolution positive traduite par la diminution en nombre, en durée et en violence des blocages Nous nous attacherons à accompagner impartialement les acteurs concernés, avec une vision globale pétrie du souci du bon fonctionnement du pays et de son économie : pas de manipulation politicienne des conflits, pas d’abus de capacité de blocage…

Si le dynamisme économique d’un pays est fruit de ses entreprises, la richesse de ses dernières repose aussi sur leurs employés. Il faut donc qu’employeurs et employés s’accordent sur l’organisation du travail. Ainsi, accorder de la confiance et de la place aux employés à travers le paritarisme permet, si l’on a bien défini le règlement des échanges, de prévenir la conflictualité à travers l’écoute, et de prendre le pouls de l’entreprise. Cela permet aussi à l’employeur de faire passer des messages à l’ensemble des employés par le biais de leurs représentants. Le travail salarié n’est pas une valeur culturelle océanienne : il faut mieux impliquer les salariés dans la vie et le fonctionnement de l’entreprise, afin qu’ils comprennent quel y est leur rôle, et que chaque salarié en est un maillon essentiel (lutte contre l’absentéisme par exemple).

La représentativité des entreprises doit tenir compte de leur poids respectif, mais aussi de l’importance sectorielle stratégique qu’elles occupent.

Nous lutterons bien sûr contre le travail non déclaré et avons déjà eu l’occasion de vous expliquer notre volonté de mieux encadrer les patentes (obligation de formation, certification des compétences par un organisme indépendant, d’assurance…), surtout dans les métiers impliquant la sécurité (électricité, mécanique, assistance aux personnes…). D’ailleurs, nous sommes favorables à remplacer les patentes au coût forfaitaire par une taxe professionnelle indexée sur le chiffre d’affaire ou les bénéfices, ce qui serait plus équitable.

Notez bien que concernant les régimes sociaux, nous pensons que les entreprises n’ont pas à assumer certaines dépenses qui ne sont pas de leur ressort (congés maternité, …) mais bien de celui de la collectivité. La politique des arrêts de travail et notamment des délais de prise en charge par les entreprises doivent aussi être revue : le système actuel n’incite pas la CAFAT à contrôler et une vision globale des coûts (via de vraies statistiques) permettrait d’en optimiser la maîtrise, via la sensibilisation des prescripteurs, par exemple.

Pour revenir au travail non déclaré, nous considérons toutefois l’économie vivrière dite « informelle » comme utile au pays (travail peu qualifié et de proximité, aspects culturels, préservation des paysages, sécurité alimentaire, …) et devant être valorisée comme faisant pleinement partie du paysage économique calédonien.

Le pacte social est une bonne démarche pour continuer à améliorer le dialogue et diminuer les blocages. Il faut également favoriser les échanges avec d’autres pays qui ont d’autres cultures de la négociation pour s’en inspirer (Allemagne, Canada, etc.). Nous aimerions être sollicités et participer aux prochains travaux.

Pour le financement des politiques sociales, nous visons la réduction des coûts à long terme par une politique offensive de prévention (addictions, risques…). Nous étudierons également les synergies permises par la fusion des caisses privée et publique (retraite…). Certaines dépenses relèvent de la solidarité du pays (handicap, minimum vieillesse, maternité, …) et devraient donc être financées par le gouvernement, dans un souci d’équité entre Calédoniens. Une partie de la TSS doit retourner à cette affectation originale. L’agence sanitaire et sociale devrait en partie être financée par une taxe sur les produits trop sucrés et trop gras. Un plan rigoureux et volontaire de maîtrise des dépenses de santé est par ailleurs indispensable et urgent. L’accès du plus grand nombre aux soins et le vieillissement attendue de la population nécessitent dès à présent un développement des compétences médicales sur le territoire et une sensibilisation accrue de la population aux enjeux de la santé.

Investir plus aujourd’hui dans les politiques familiales et sociales nous permettra d’éviter demain bien des problèmes et d’économiser de l’argent en matière de santé ou de délinquance. Notre vision politique est basée sur le long terme. Nous aiderons par exemple la mise en place de crèches d’entreprises (gérance déléguée et encadrée) à partir d’une certaine taille.

Concernant le social, je rappelle que nous sommes attachés au respect des lois relatives à l’emploi des personnes handicapées.

Le logement sera la priorité que nous mettrons en avant lors de notre campagne. Le financement des logements sociaux (de qualité) sera aidé par la création d’un fond « pays » abondé par la ressource fiscale prélevée par la Nouvelle-Calédonie, avant redistribution aux Provinces selon la clé de répartition. Cette solution originale permet de financer les besoins là où ils se trouvent, sans froisser les susceptibilités politiques liées à la clé de répartition (constitutionnalisée). Les entreprises du BTP seront heureuses d’apprendre que ce fonds aidera aussi la construction de logements privés, par des modalités qui resteront à définir (réduction des charges, des taxes sur les fournitures, amélioration des formations…). Le respect de normes environnementales, de qualité de matériaux et de finitions sera bien sûr valorisé en retour, tout comme les règles d’équité dans la gouvernance d’attribution des logements sociaux.

Nous martelons depuis des années que notre fiscalité doit être réformée, et souffrons de voir que des propositions consensuelles et de bon sens (comme la TVA) sont repoussées régulièrement. Comme dit en introduction, nous veillerons à ce que la fiscalité incite à l’innovation et au travail, plutôt qu’à la rente. Par ailleurs, elle devra être pédagogique, et inciter à des comportements vertueux. Par exemple, nous prônons la suppression totale des taxes sur les communications, sans externalité négative, et une forte taxation sur le tabac et les produits trop sucrés et trop gras.

Cette remise à plat de la fiscalité permettra de faire face aux nouveaux défis de notre économie, et offrira aux entreprises une saine visibilité. Pourquoi seuls les miniers auraient-ils droit à un pacte fiscal ?

Libéraux, nous pensons que ce n’est pas aux institutions de guider l’économie, mais aux entrepreneurs d’innover. Nous voulons les y aider par un environnement facilitant. Concernant la relation aux administrations, notre programme prévoit les synergies interinstitutionnelles (pour pallier les défauts du mille-feuilles des compétences et réduire les coûts de fonctionnement). Nous prévoyons aussi, par exemple, de légiférer pour raccourcir les délais de paiement aux entreprises par les collectivités (limités à 30 jours).

Des règles de transparence et de contrôle renforcées limiteront le gaspillage et les ententes illicites coûteuses pour le contribuable.

Vous évoquez la sortie du « tout nickel », notre programme met justement en garde nos concitoyens sur le caractère cyclique de cette activité, la fragilité des secteurs actuellement aidés (tourisme, agriculture notamment) et surtout la fin prochaine de la générosité excessive de l’Etat. Nous sommes d’ailleurs les seuls à le faire. Concernant les filières d’avenir, l’exemple « crevettes » ou « cerfs » nous le montre : ce n’est pas aux politiciens de les imposer, mais bien aux entrepreneurs, en démontrant leur capacité d’innovation. Nous misons à ce sujet sur deux leviers : un environnement économique facilitant (infrastructures, fiscalité…) et la formation. Sur ce dernier point, notre proposition originale est la création d’une « Université de l’Energie et du Numérique », pour offrir aux Calédoniens la possibilité de maîtriser les nouvelles technologies, et de les développer. Cet outil sera aussi un centre de recherche et développement. Notre patrimoine naturel sera également valorisé économiquement (molécules, horticulture, écotourisme…).

Si la valeur de notre monnaie et les coûts de notre main d’œuvre ne varient pas dans les années qui viennent, la recherche et l’innovation sont la meilleure façon d’espérer toucher les marchés extérieurs, tout en contribuant à donner une identité originale et porteuse au pays.

Concernant les « besoins en compétences » des entreprises, le problème de notre jeunesse est le manque d’ambition scolaire (dont un révélateur est le fort taux de décrochage). Il faut redonner confiance à nos jeunes dans leur avenir et leur donner envie de s’investir. Le malaise est profond et nécessitera de travailler en profondeur sur la structure de notre société (inégalités, squats, racisme, maîtrise de la langue, …). Nous le ferons via nos propositions « Identité » et « Qualité de vie » et nous nous attacherons à valoriser nos jeunes espoirs au mieux pour les inciter à se dépasser. Le développement des compétences constitue en effet un enjeu essentiel pour notre avenir.

Avec 43% de la population en situation d’illettrisme de catégorie A et B, soit les plus graves, il est évident qu’il faut réformer le milieu scolaire, en renforçant les filières techniques et en multipliant les passerelles entre filières. L’entreprise sera valorisée comme lieu de formation, grâce aux nombreux programmes de financement de la formation tels qu’ils existent dans les autres DOM-TOM et que nous travaillerons à rendre applicable en Nouvelle-Calédonie.

Nous pensons notamment qu’en termes de formation personnelle et d’ouverture d’esprit, la réalisation d’une partie du parcours scolaire hors du pays sera un bon investissement.

Une offre de formation des chefs d’entreprise, et tout particulièrement de ceux des petites entreprises, à la gestion des ressources humaines et au management serait également opportune.

Si la provincialisation a permis de restaurer la paix civile, notre pays maintenant apaisé doit maintenant travailler aux synergies inter-collectivités, pour réduire les coûts de fonctionnement, les complications administratives et normatives, et favoriser une égalité de traitement entre citoyens. Au passage, notez bien que nous prônons une réduction significative des moyens alloués aux partis politiques et aux institutions (notamment aux « armées » peu productives de collaborateurs qui travaillent en doublon des directions, voire à contre-sens). Nous visons avec ces actions une économie annuelle de 2 milliards par an.

Et comme la gouvernance nous est chère, je me dois de rappeler que nous veillerons à accroître les organes de contrôles (Brigades financières, Chambre territoriale des comptes…) et à garantir la transparence dans la gestion des fonds publics.

En vous remerciant à nouveau pour votre salutaire et équitable démarche, je vous prie de croire, Messieurs, en l’assurance de mes sentiments respectueux.

* Président de Convergence pays.

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