Mokaddem, sans-papier en cent-papiers

Mokaddem, sans-papier en cent-papiers

Dans son petit recueil * de chroniques parues entre 2007 et 2011 dans Les Infos, en nous interpellant crûment mais avec humour pour nous demander de décliner notre identité de lecteur, comme le ferait n’importe quel flic de la mondaine, des stups ou des clandestins, Hamid Mokaddem s’expose aussi, en gentleman inquisiteur. Il se dévoile un peu lui-même en 11 chroniques et 79 pages, danses d’idées exécutées en artiste d’un verbe qui se laisse lire. Comme tous les choix, celui de ces onze textes dessine un peu son auteur qui nous invite à deviner les contours et tours-de-con de son identité d’homme-citoyen polémique, sans-papier non régimenté.

Une identité cabossée et tenace, d’ordinaire grimée de cent papiers réduits, dans ce recueil et au sens culinaire, à un fond de vie en frémissement, épicé d’un questionnement philosophique, politique et artistique qui vitamine la curiosité intellectuelle et aiguise une certaine gourmandise de l’humain. Un auteur qui nous montre ses papiers en couleur, sous la caution de ses maîtres à penser et en raillant ses maîtres à panser, pour parler dans la langue.

Qu’on se le dise, Mokaddem a du goût ! Il en est ainsi, et il s’insurge logiquement de la dictature du goût imposée par d’autres. Il aurait pu en référer aussi, côté cinéma, au « Goût des autres », le beau film d’Agnès Jaoui (2000) à propos duquel un critique faisait ce commentaire sur le parcours de Castella, le personnage central du scénario : « On ne bouscule pas ainsi les cadres de références et les barrières culturelles sans faire d’histoires ».

Mokaddem, lui, pencherait plutôt, au vu de ses papiers, pour que l’histoire bouscule un peu plus vite les cadres de référence et les barrières culturelles. Il écrierait même sur l’Histoire et des histoires un peu pour ça, aussi. Pas de quoi en faire un suspect pour autant ; ses papiers sont en règle. Pour finir, disons que pour qui vit en Nouvelle-Calédonie, ou s’intéresse à Kanaky ou au caillou, ce livre se lit en mettant une claque à un paquet de bonbons au coco. Circulez, vous avez des bonbons et un livre à acheter.

Max Bacchus

* « Papiers… Svp », Hamid Mokaddem, Expressions/La courte échelle/éditions transit, 79 pp.

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