Pablo d’honneur

Pablo d’honneur

Premier spectacle de la saison Prestige au Conservatoire de musique, « Pablo Neruda, Canto General » a marqué par l’originalité du mélange des genres et par la prestation scénique des deux musiciens et de l’acteur. De plus, c’était une première, une création à Nouméa construite autour de ce fabuleux poète. « Pabloésie »…

CulturePabloPap

Pablo Neruda est un immense auteur sud-américain. Tour à tour poète, écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien, il a publié son premier livre de poésie – Crépusculaire – à dix-neuf ans et n’a plus jamais arrêté. Entré au service diplomatique, cette vie de Consul le fait voyager aux quatre coins du monde – Rangoon, Colombo, Batavia, Calcutta, Buenos Aires et l’Europe où il se liera, entre autres, à Federico Garcia Lorca.

L’assassinat de ce dernier par le général Franco le projette dans un activisme poétique qui ne cessera jamais. Fortement impliqué dans la vie politique de son pays, son engagement aux côtés de Salvador Allende et sa mort suspecte (faire taire une voix dérangeante) en témoignent, ce prix Nobel de littérature est resté fidèle à ses convictions de paix et d’altruisme tout au long de son riche parcours. Parue à titre posthume, son autobiographie « J’avoue que j’ai vécu » le résume, de même qu’une phrase qui en est extraite : « Je veux que l’immense majorité, la seule majorité, puisse parler, lire, écouter, s’épanouir. »

Pablographie

La gageüre de ce spectacle était de nous faire voyager dans l’existence exceptionnelle – une « Pablographie » – de cet homme en ressuscitant sa voix par l’intermédiaire d’un comédien, Arnaud Bedouet, incarnant sa prose et ses vers.Avec l’accord d’une guitare et sous l’éclat d’un bando-néon ! Le thème du voyage empruntant les chemins de deux de ses livres, l’autobiographie et le Canto General, cités plus haut, formaient l’ossature du spectacle. La prose de l’un se mêlant aux vers de l’autre et donnant forcément des rythmes différents traduits par les deux instrumentistes Juan-José Mosalini, prodigieux au bandonéon – déjà vu et entendu dans le grand auditorium –, et Leonardo Sanchez, virtuose de la guitare classique. Tour à tour illustration sonore ou mélodies accompagnant les sentiments du récitant, la musique s’enroulait autour de la voix de l’acteur ou était une magnifique transition entre deux paysages, deux pays traversés ou deux états d’âme. Les mots de Neruda formidablement dits par la voix basse et posée de l’artiste soutenaient le rythme incessant de ce voyageur infatigable d’un pays à l’autre.

Impressions de mouvements rendues par des projections d’images morcelées sur des lés verticaux de tulle où s’enchaînaient les visions mentales du texte : éléments aquatiques (pluie, mer), minéraux (montagnes, statues) ou visions de villes que cette scénographie rendait oniriques – l’en vers du décor… Bref ! La beauté sous toutes ses formes, acoustique, visuelle et auditive, baignant dans une lumière naturelle ou urbaine. Très loin des habituels concerts ludiques de début de saison, par ailleurs forts appréciés et de qualité, cette parenthèse poético-musicale a séduit à juste mesure un public conquis qui attend les prochaines dates avec impatience. Une immense majorité qui a écouté et s’est épanouie… Merci Pablo !

Rolross

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