Avide grenier

Avide grenier

Quelle belle soirée théâtrale que « L’homme dans le plafond » de Timothy Daly, présenté au Théâtre de l’Ile par la Compagnie Isabelle Stalker ! Un drame drolatique sur les comportements humains lors de la seconde guerre mondiale, une période qui n’en finit pas de hanter l’Occident. Huis clos à cinq.

CulturePlafondPap

 

Juger les comportements des autres est toujours facile lorsque l’on n’est pas en situation. La pièce de Timothy Daly dissèque avec un scalpel impitoyable la bassesse de quelques personnages en survie dans un monde lui aussi sans pitié. Le hasard amène un couple d’Allemands moyens à cacher un joaillier juif dans leur grenier moyennant finances. L’action se déroule à un mois de la capitulation du troisième Reich dans une petite ville affamée sans cesse bombardée par l’aviation US.

La survie est le maître mot pour tous. Seule la façon de l’aborder varie suivant les protagonistes. Tous les personnages sont avides de quelque chose : le Juif prisonnier des combles désire avec voracité la liberté, les propriétaires manifestent de la cupidité, la voisine est prête à tout pour conserver un peu de pouvoir. Il est vrai que le contexte – exploitation de l’homme par l’homme tous azimuts – est révélateur pour des conduites ambiguës. La femme du propriétaire noie vite son altruisme passager dans la lâcheté – elle aime son mari –, ce dernier est un opportuniste pas méchant au début et la voisine se sert de tous.

Dramédie

Seul le prisonnier, avec une vue sur l’immensité du ciel, a une attitude fatalement plus élevée. Les autres, terre-à-terre, creuseront leur malheur –  certains avec leurs dents rayant le parquet – jusqu’à se vautrer dans la fange. Sur un sujet aussi plombant, Isabelle Stalker – qui met en scène – et l’auteur ont choisi d’injecter un humour désespéré. Le drame tourne à la comédie parfois grâce à une narratrice soulignant ses effets avec un accordéon. Les deux, musicienne et instrument, ne manquant pas de souffle… Le décor très stylisé et un écran en arrière-plan, sur lequel défilent des images symboliques en noir et blanc, rappellent l’esthétisme du célèbre « Cabinet du Dr Caligari » de Robert Wiene.

L’ossature de la maison/prison est biscornue à l’instar de l’âme des geôliers. Personne ne peut trouver son équilibre dans ce noir profond baignant le plateau où les lumières étirent les ombres de manière expressionniste. Cet humour permet de supporter l’insupportable et la comédie transforme le drame en « dramédie ». L’excellente interprétation des cinq acteurs fait passer sans problème le burlesque de certaines scènes. Tel un coït à la mécanique grotesque succédant à l’évocation d’un charnier des camps de la mort. Au final, une remarquable prestation scénique avec un texte fort sans afféteries. Bref, un beau morceau de théâtre ! Qui plafonne haut…

Rolross

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