L’ardente obligation de réussir une sortie de l’Accord de Nouméa à la hauteur de la poignée de mains de Jacques Lafleur et de Jean-Marie Tjibaou

L’ardente obligation de réussir une sortie de l’Accord de Nouméa à la hauteur de la poignée de mains de Jacques Lafleur et de Jean-Marie Tjibaou

Par Gaël Yanno *

Une majorité d’entre vous vient de m’élire dès le premier tour de scrutin à la présidence du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Je souhaite à  l’occasion de ce premier discours devant vous, remercier celles et ceux qui, ce matin, m’ont accordé leur confiance. Vous remercier d’autant plus que j’ai engagé, avec certains de ceux qui m’ont apporté leurs suffrages, des combats politiques plus ou moins rudes ces dernières semaines à l’occasion des campagnes électorales municipales et provinciales. Je souhaite également saluer mes collègues Caroline Reignier-Machoro et Emile Néchéro ainsi que les membres de notre assemblée qui leur ont apporté leur soutien. Sachez que je veillerai, en tant que démocrate, à ce que vous puissiez exercer votre mandant d’élu dans les meilleures conditions.

Permettez-moi d’exprimer brièvement et je ne serai pas long, un souvenir personnel car je retrouve cet hémicycle après l’avoir quitté il y a quinze ans en 1999 et y avoir siégé durant les deux mandatures des Accords de Matignon 1989-1995 et 1995-1999. Durant ces dix années mon cher Nicolas, d’ailleurs, j’ai assuré les fonctions que vous assurez aujourd’hui de benjamin. On a vu d‘ailleurs, qu’il y avait un vieillissement puisque j’ai réussi à tenir dix ans au poste que tu occupes aujourd’hui. J’espère que tu feras encore mieux que moi. Puisque nous sommes dans les aspects personnels et je m’en tiendrai là, je voudrais saluer les quatre autres rescapés de cette période qui sont Philippe, Harold, Paul et Roch. Puisque nous sommes cinq à avoir connu cette période, les quarante-neuf autres élus ayant été élus plus tard que nous. Permettez-moi, en cet instant, d’avoir une pensée pour Dick Ukeiwé, qui fut le premier Président du congrès du Territoire, entre 1985 et 1988. Quels que soient nos parcours et nos sensibilités, il nous a laissé à tous un héritage de dialogue, de respect et de convictions. Au-delà de nos divergences politiques, je souhaite que nous exercions notre mandat en partageant ces valeurs qui nous rassemblent. Je tiens également à saluer personnellement tous mes prédécesseurs, Albert Etuvé, Simon Loueckhote, Pierre Frogier, Harold Martin, Gérard Poadja et Roch Wamytan.

A leur suite, j’essaierai d’être un Président du Congrès impartial et ouvert au dialogue, mais je ne transigerai pas sur ce qui fonde le débat démocratique : le pluralisme, l’écoute de l’autre et le respect des opinions et des personnes. Mon élection à la présidence du Congrès revêt un caractère particulier pour deux raisons qui n’ont rien à voir avec ma personne : cette élection permet de retrouver une cohérence politique qui veut, pour un bon fonctionnement démocratique, qu’un président soit issu d’une majorité claire. Aujourd’hui, la majorité non-indépendantiste du Congrès a élu dès le premier tour de scrutin un président non-indépendantiste ; cette élection est le deuxième acte d’un accord politique issu des élections du 11 mai dernier qui s’appelle « le Contrat de gouvernance solidaire », et qui a permis aux trois partis non-indépendantistes de sceller un accord afin, d’une part, d’assurer la stabilité de nos institutions, d’autre part, d’engager des réformes urgentes et nécessaires pour la Nouvelle-Calédonie et la province Sud, et enfin d’établir le plus rapidement possible un dialogue constructif avec les indépendantistes afin de préparer au mieux la sortie de l’Accord de Nouméa. Je salue l’esprit de dialogue, et le sens des responsabilités de ceux, et notamment je pense plus particulièrement à mes collègues de Calédonie ensemble et du Front pour l’unité qui, avec nous, l’Union pour la Calédonie dans la France, adversaires d’hier, ont su se mettre autour d’une table et discuter dans l’intérêt général de tous les Calédoniens. Je salue la raison et la sagesse de ceux qui sont sortis vainqueurs de ces élections, sans être majoritaires, et ont su associer d’autres formations politiques pour rassembler l’ensemble des non-indépendantistes.

Mes chers collègues, nous sommes, dans cet hémicycle, le reflet de l’expression démocratique du vote des Calédoniens du 11 mai 2014. Nous devons en avoir conscience et être à la hauteur de la haute responsabilité qui pèse sur les épaules de chacune et de chacun d’entre nous, tout en gardant l’humilité et la simplicité qui s’imposent à notre fonction d’élu. Nous sommes le dernier Congrès de l’Accord de Nouméa. Nous nous devons, nous avons l’ardente obligation, Monsieur le Haut-Commissaire, de réussir une sortie de l’Accord de Nouméa à la hauteur de la poignée de mains de Jacques Lafleur et de Jean-Marie Tjibaou du 26 juin 1988. Chacun de ces deux hommes ayant été pour les uns ou pour les autres et aujourd’hui pour nous tous, des hommes d’Etat responsables qui ont tracé le chemin de paix qui nous permet de vivre heureux depuis vingt-cinq ans.

Dans les prochains mois, nous aurons à débattre de sujets majeurs pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Plus que jamais, nous avons le devoir d’aller au bout de ces débats pour dégager ensemble les meilleures solutions dans l’intérêt de tous les Calédoniens. Je pense bien sûr à la question de l’avenir institutionnel, mais également aux décisions courageuses que nous aurons à prendre pour assurer le développement économique et social de la Nouvelle-Calédonie. L’école, l’agriculture, l’énergie, la mine, la santé, le financement de notre modèle social : les enjeux ne manquent pas. Je suis sûr que nous saurons, ensemble, proposer des solutions innovantes pour préparer l’avenir de tous nos enfants. Je tiens à saluer l’ensemble du personnel du Congrès, je connais votre compétence et votre dévouement et tous les élus présents savent qu’ils peuvent compter sur vous pour remplir dans les meilleures conditions possibles le mandat qui leur a été confié.

Je souhaite poursuivre la modernisation de notre institution à laquelle chacun de mes prédécesseurs a apporté sa précieuse contribution. Je crois notamment à la nécessité de rendre plus accessibles nos travaux à la société calédonienne. Nous devons ouvrir en grand les portes et les fenêtres de cette belle institution, pour en faire une véritable maison de la citoyenneté, le cœur battant de la démocratie calédonienne. Le Congrès doit être un lieu de débat et de pédagogie pour tout ce qui concerne la vie démocratique de la Nouvelle-Calédonie. Un effort tout particulier devra être fait en direction de notre jeunesse. Il est de notre responsabilité d’intéresser nos enfants à ce que nous faisons. C’est à nous de donner du sens et de le transmettre. Cette ouverture doit également enrichir le dialogue que nous avons avec tous les acteurs économiques et sociaux. Je ne crois pas que les élus que nous sommes sont tout-puissants, qu’ils savent tout sur tout. Nous devons remplir notre mandat humblement et être toujours à l’écoute des personnes qui seront directement impactées par nos décisions.

Mes chers collègues, l’honneur d’une assemblée se mesure à la place qu’elle accorde à chacun de ses membres, quel que soient son poids politique, ses convictions ou ses origines. Chacun d’entre vous pourra compter sur ma vigilance de chaque instant pour que sa voix soit toujours entendue et sa place toujours respectée. Avant d’être de sensibilité indépendantiste ou loyaliste, avant d’être du Nord, des Iles ou du Sud, avant d’être conservateurs ou progressistes, nous sommes des femmes et des hommes profondément attachés à cette terre de Nouvelle-Calédonie. Nous représentons nos concitoyens et nous sommes à leur service. N’oublions jamais cet honneur et soyons dignes de leur confiance. Vive la Nouvelle-Calédonie, Vive la France.

* Président du Congrès. Discours prononcé le vendredi 23 mai.

3 réflexions sur “L’ardente obligation de réussir une sortie de l’Accord de Nouméa à la hauteur de la poignée de mains de Jacques Lafleur et de Jean-Marie Tjibaou

  1. Et pas un mot sur Pierre à qui il doit son siège de député en 2007 et la grande truanderie des primaires dont ce pauvre Maresca avait fait les frais. Il faudra quand même expliquer comment on perd les législatives, on perd les municipales, on perd les provinciales et on fini président du congrès…..cherchez l’erreur!

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