Une f(r)acture bel et bien là…

Une f(r)acture bel et bien là…

La Province sud désormais présidée par Philippe Michel a permis à tous ceux qui le souhaitaient de faire le point, ce vendredi 30 mai, sur l’usine du Sud et ses perspectives. Un rendez-vous qui a permis à chacun de s’exprimer, confirmant le fossé qui existe désormais entre les habitants du Grand Sud, désemparés par cette cascade d’accidents, et l’industriel, qui a de plus en plus de mal à convaincre de sa bonne volonté. Entre les deux, une Province sud à la fois déterminée et coincée… 

Peter Poppinga, un des big boss de Vale souvent pris à partie par le public.

Peter Poppinga, un des big boss de Vale souvent pris à partie par le public.

Au terme de cette réunion qui a duré plus de deux heures, tous ceux qui pouvaient encore douter de la défiance des tribus du Grand Sud ont pu assister en direct à leur réquisitoire vis-à-vis d’un industriel envers lequel elles n’ont plus du tout confiance. Une habitante et un habitant de Goro, pourtant tous deux employés de l’usine du Sud, ont carrément demandé la fermeture de leur outil de travail. C’est dire… Ces deux exemples, parmi tant d’autres, car ils étaient nombreux les Kanak à avoir fait le déplacement pour en savoir plus, ont confirmé la fracture béante qui existe aujourd’hui entre Vale NC et les populations impactées directement par ces fuites à répétition. La confiance n’est plus là, et on voit mal comment elle pourrait regagner du terrain, tant l’industriel peine à donner de réels gages de sa capacité à mieux faire.

Selon cet habitant de Goro, depuis la mise en place de l'usine du Sud, l'océan n'est plus celui que ses vieux ont connu.

Selon cet habitant de Goro, depuis la mise en place de l’usine du Sud, l’océan n’est plus celui que ses vieux ont connu.

Peter Poppinga, l’un des big boss de la multinationale brésilienne, était présent, mais lui, comme tous les autres cadres de Vale NC, parmi lesquels Yves Roussel, n’a daigné présenter la moindre excuse au nombreux public. Le directeur exécutif Métaux de base de Vale a simplement pris la parole pour expliquer que sa société ferait tout son possible, désormais, pour que le pire n’arrive pas. Mais pourquoi ne l’a-t-elle pas fait auparavant ? Le géant brésilien ressemble de plus en plus à un mauvais élève incapable de bien faire si on ne lui tire pas l’oreille. Et ces dernières années, force est de constater que la Province sud qui, selon Philippe Michel, « a relâché sa surveillance », a été un professeur plutôt laxiste en matière de contrôle des devoirs de Vale. Le nouveau président de la Maison bleue a même ajouté : « Nous avons atteint le maximum de ce qui était acceptable avec Vale. Ça suffit. »

Philippe Michel et Jean-Jacques Brot ont souvent pris la parole pour répondre aux nombreuses interrogations du public.

Philippe Michel et Jean-Jacques Brot ont souvent pris la parole pour répondre aux nombreuses interrogations du public.

Présent lui aussi, le Haut-commissaire s’est souvent mis en scène pour répondre aux uns et aux autres. D’abord vif et tranchant contre une Martine Cornaille pas du tout convaincue de la pertinence de redémarrer cette usine, malgré les recommandations de l’INERIS. Jean-Jacques Brot a reproché à la présidente d’EPLP son appel à manifester alors qu’on sort à peine d’une période de vives tensions et que tout demeure précaire. « Il faut resserrer les délais et aller vite vers un audit », selon le Haut-commissaire qui a ensuite dû composer avec les récriminations de Kanak qui ne veulent pas entendre parler d’autre chose que de la fermeture de ce complexe industriel. A l’instar de Philippe Michel, le représentant de l’Etat a demandé un rapport qui permettrait de prendre en compte les répercussions économiques et sociales de cette fermeture. Mais il s’est trompé lorsqu’il a déclaré qu’aucun élu n’avait demandé cette issue fatale. En effet, lors du débat télévisé consacré à la Province sud sur NC 1ère, Roch Wamytan, à la suite de cette fuite d’acide, avait exigé « la fermeture pure et simple » de l’usine du Sud.

Pour Raphaël Mapou, le pire, ce sera l'explosion de l'usine.

Pour Raphaël Mapou, le pire, ce sera l’explosion de l’usine.

Au final, après qu’un intervenant ait comparé Goro Nickel à une « bombe » et que Raphaël Mapou ait admis que le pire n’était pas encore arrivé, ce pire étant « l’explosion de l’usine », il reste donc cette obligation désormais sur les épaules de la Province sud, à la fois garante de la mise en œuvre effective des recommandations de l’INERIS et d’un contrôle plus accru et efficace sur le site industriel, et soucieuse de la prise en compte de toutes les sensibilités dans ce dossier devenu si sulfureux. En la matière, Philippe Michel et son équipe vont devoir redoubler d’efforts et d’explications pour convaincre les plus réticents des nouvelles dispositions affichées par sa collectivité et des meilleures intentions promises par Vale NC. Car la fracture est bel et bien là, omniprésente et incontournable…

Th. S.

7 réflexions sur “Une f(r)acture bel et bien là…

  1. Veuillez ouvrir un dictionnaire et vous verrez que ni « impacter » ni « impactée » n’existent, on dit « affectée » en espérant que vous corrigerez votre article.

    • impacter
      verbe transitif
      (de l’anglais to impact, influer sur)

      Familier. Avoir un impact, une incidence, généralement négatifs, sur ; se répercuter sur : La crise impacte le moral des ménages.

  2. Merci pour ce compte-rendu et vos billets d’une manière générale. Sachez cependant que ma très chère professeur de Lettres Classiques se serait vraisemblablement pendue par les cheveux en vous lisant… « Après que » n’est jamais suivi du subjonctif ! Quant à la fameuse expression « Au final », comment dire ? Mais bon, je dis ça, je dis rien, et puis si votre prose était aussi alambiquée et précieuse que celle du Gouverneur, vous n’auriez pas beaucoup de lecteurs :p Peut-être ma professeur de français ?

  3. Ne pas oublier….Ce même Peter Poppinga était lui-même DG de VALE NC il y a moins de 4 ans, oui oui, basé à Nouméa! Et parmis ses décisions brillantes de l’époque…l’annulation de certains projets de protection et de gestion des eaux ….pour faire ‘des économies’…comme tout se retrouve Mr Poppinga!!!

  4. C’est jouer sur un détail que de s’arrêter sur les mots dans la situation présente, ne pensez-vous pas? Tout le monde je pense a compris ce que voulait dire son auteur.
    Ce qui vous dérange c’est qu’on suggère en utilisant « impacter » que la situation est grave et que les conséquences de cet incident (énième) sont susceptible de créer bien plus que de simples remous? C’est pourtant ce qui risque de se passer. Non seulement les conséquences écologiques sont non mesurables, mais les conséquences sociales se font déjà sentir. D’une part des jeunes qui ne souhaitent plus, et je ne peux les en blâmer, suivre aveuglément des coutumiers, dont on doute des motivations. D’autre part, la crédibilité de la Province Sud est remise en cause; à force de vouloir protéger les intérêts d’un industriel avec qui ils n’ont pas su négocier à égalité (ou alors à égalité de leurs poches, je parle de certains pas tous), ils sont en train de perdre leur représentativité.
    Bien sûr l’Académie Française peut être un repère mais pas une référence. Je respecte profondément les propos d’Amin Maalouf, mais je n’ai pas encore trouvé quelque chose dans ceux de Finkielkraut. Nous sommes tous des Hommes et les institutions sont faites d’Hommes.

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