Un 1er mai très politique

Un 1er mai très politique

L’habituelle manifestation de l’USTKE a pris des contours très politiques cette année. A dix jours des élections provinciales, la liste unitaire indépendantiste du Sud était omniprésente. Les slogans également…

La nation arc-en-ciel de Roch Wamytan bien présente dans le cortège.

La nation arc-en-ciel de Roch Wamytan bien présente dans le cortège.

« Un peuple en marche »« Construisons ensemble la nation arc-en-ciel de Kanaky »« L’unité pour gagner »… Ces trois slogans, fièrement arborés sur les camions du défilé USTKE du 1er mai, sur de nombreux tee-shirts ou quelques banderoles, résumaient parfaitement la tournure de cette journée très politique. Et la présence de quelques élus de la liste unitaire conduite par Roch Wamytan dans le Sud, derrière un Louis Kotra Uregeï toujours en tête de cortège, couronnait « cet aspect très particulier » qu’André Forest, l’un des leaders de l’USTKE et du Parti travailliste, avait déjà annoncé, il y a deux semaines, lors des journées du Mouvement nationaliste à Nouville.

Cette dimension politique, il fallait être aveugle pour ne pas la voir. « Il faut mettre le paquet dans le Sud »… Cet autre objectif, clairement évoqué par de nombreux manifestants, confirme bien que les indépendantistes ont parfaitement compris l’enjeu de ce scrutin provincial. Le 11 mai, tout se jouera dans la Province historiquement non-indépendantiste qui pourrait bien apporter les sièges nécessaires pour permettre à Roch Wamytan et consorts de briguer la majorité relative voire absolue au Congrès.

Certes, lors de ce défilé du 1er mai, il y avait quelques habituelles formules dédiées l’emploi local, mais elles ne pouvaient résister à des thèmes plus politiques et très nombreux. Comme si l’USTKE, l’espace d’un 1er mai, avait cédé la place aux partis politiques indépendantistes, notamment l’Union calédonienne « parce que l’objectif n’est plus hors de portée, mais en ligne de mire ». Dans onze jours, nous serons fixés…

Th. S.

Les pitreries du CDS… Quand le ridicule ne tue plus

Les pitreries du CDS… Quand le ridicule ne tue plus
Dan Samokine devant son salon de coiffure.

Dan Samokine devant son salon de coiffure.

Lors de sa dernière séance, le 4 février, le Conseil du dialogue social a voté son budget annuel puis il a élu son nouveau président. L’alliance – Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) et Union professionnelle artisanale (UPA) – a permis à Dan Samokine, représentant de l’UPA, d’être élu avec les voix de la CGPME. Clairement, c’est donc l’organisation la plus petite, qui a le moins de salariés, qui va discuter du social !

Ce jeune président, plus connu pour être, selon certains proches du dossier, le « dormeur vacancier » lors des sessions du dialogue social – des voyages payés par nos impôts – est surtout reconnu pour sa méconnaissance de tous les dossiers et son incapacité à prononcer le moindre mot.

La CGPME, fidèle à ses contradictions, a voté contre le budget mais elle a fait élire sa présidente déléguée au poste de trésorière ! Vous avez dit bizarre ? Madame Birac Turcon, fraichement débarquée sur le territoire – elle est là depuis deux ans – va maintenant  expliquer aux syndicats de salariés tout ce qu’ils doivent savoir sur la Nouvelle-Calédonie.

La CGPME, lors de cette séance du 4 février, a également réclamé l’animation d’une branche ! Sauf que, n’ayant pas d’adhérents représentatifs dans aucune branche, cette demande était compliquée à faire admettre au MEDEF-NC, lequel n’a pas l’intention de se laisser faire. Affaire à suivre…

Th. S.

Quand l’AFD justifie son ingérence dans les compétences locales par le levier financier

Thierry Cornaille, l'exception calédonienne de la SIC.

Thierry Cornaille, l’exception calédonienne de la SIC.

L’Agence française de développement (AFD), actionnaire à 50% du capital de la SIC, annonçait dernièrement qu’elle accordait 1,1 milliard à cette Société d’économie mixte (SEM) pour lancer le chantier permettant de poursuivre la destruction des tours de Saint-Quentin et que le montant global de ses interventions en Nouvelle-Calédonie serait de l’ordre de 25 à 35 milliards en 2014.

Le logement relève pourtant en Nouvelle-Calédonie de la compétence des Provinces. C’est d’ailleurs pourquoi Harold Martin avait préconisé, il y a quelques années, que les capitaux de l’AFD soient rétrocédés aux Provinces afin qu’elles puissent mettre en œuvre librement leur politique en matière d’habitat, et tout particulièrement d’habitat social. Comme on pouvait s’y attendre, ces déclarations d’intention n’ont pas été suivies d’effet car le président du gouvernement ne veut pas se brouiller avec l’Etat. Or, l’AFD, c’est le bras armé de l’Etat dans le domaine du crédit.

On constate cependant que la politique de la SIC est bien loin de répondre aux exigences de rééquilibrage voulues par l’Accord de Nouméa. En effet, avec 7 856 logements sociaux en Province sud et seulement 296 en Province nord, non seulement la SIC ne contribue pas à cet objectif, mais, pire, elle encourage l’exode des habitants du Nord et des Iles vers le Grand Nouméa.

Qui paie commande ?

Le 12 février dernier, lorsque des membres du conseil d’administration de la SIC représentant la Nouvelle-Calédonie se sont émus de ce que l’AFD imposait le recrutement d’un nouveau directeur général depuis Paris, sans aucune concertation et surtout sans respecter la loi du pays sur l’emploi local, l’Agence française de développement s’est contentée de dire qu’aucun cadre calédonien ne disposait des compétences requises. Bizarre… Puisqu’aucune publication d’offre d’emploi n’a été faite pour remplacer Thierry Cornaille, l’exception calédonienne de l’AFD. Mais il est vrai que ce fut déjà le cas, précédemment, pour le recrutement du secrétaire général de la SIC, parachuté depuis Paris, ce qui démontre largement que le contrôle de cette SEM « calédonienne » est bien la chasse gardée de l’AFD.

Seuls les indépendantistes, notamment Louis Kotra Uregeï et Anthony Lecren, auraient manifesté leur désaccord sur la méthode de l’Agence française de développement et, comme à son habitude, Annie Beustes, présidente du conseil d’administration de la SIC, dont le conservatisme est à toute épreuve, aurait abondé dans le sens de l’AFD et de l’Etat.

Les enjeux sont pourtant considérables pour la Nouvelle-Calédonie en termes d’urbanisation, d’aménagement, de rééquilibrage, avec près de 8 milliards d’investissement dans le pays. Sauf que le problème est peut-être justement là. L’Etat, par AFD interposée, considère peut-être que le sujet est trop important pour être laissé entre les mains des Calédoniens, qui n’ont pas de cadres compétents, justifiant ainsi que la direction et le secrétariat général reviennent de droit à des expatriés qui tournent dans l’Outre-mer. Certains nous expliqueront sans doute avec beaucoup d’aplomb que les compétences ont été transférées et que la Nouvelle-Calédonie dispose désormais d’une très large autonomie. Une autonomie qui doit être relativisée au regard des transferts financiers en provenance d’une Métropole qui, avec près de 160 milliards de francs, justifierait certains droits d’ingérence dans les affaires calédoniennes. Qui paie commande ?

Th. S.

Far West

La Nouvelle-Calédonie aurait-elle basculé du côté obscur de la force ? Très certainement. Après avoir résisté des années durant, la digue a craqué sur toute sa longueur et laissé pénétré sur notre sol la forme la plus vile et la plus violente de la délinquance

La lecture des Nouvelles est confondante : pas de jour sans agression, meurtre, homicide, coups de feu, de tamioc ou de couteau… Tout porte à croire que le temps de la délinquance du petit voyou désœuvré ou qui cherche à se faire bien voir des copains et des filles, est terminé. Place à ce qu’il y a de pire, avec cette question lancinante et à laquelle il va bien falloir répondre : mais comment en sommes-nous arrivés là ?

Les points sur les i

Pendant des lustres, les Calédoniens se sont glorifiés de pouvoir laisser leur voiture portes ouvertes et clé sur le contact, sans crainte de se la faire dérober. Récemment, à la Foa, un petit vieux que tout le monde connaissait et appréciait est mort des suites d’une agression, tabassé par un jeune qui en voulait aux quelques billets que sa victime détenait dans sa poche ! Sans parler de ce qui s’est passé à Ouégoa, à la Vallée du Tir, à Koutio ou un peu partout en Calédonie ces derniers mois. On pressent que les statistiques 2013 de la délinquance en Calédonie non seulement vont exploser par rapport à 2012 mais qu’elles vont montrer surtout un accroissement du nombre des crimes les plus graves.

On doit ce phénomène à plusieurs causes : la société calédonienne est désormais incapable d’apporter une véritable réponse et ses systèmes – familiaux, éducatifs, coutumiers, judiciaires – qui pouvaient faire levier sont à la dérive. Il y a donc un problème sociétal de fond, mais à la périphérie viennent se conglomérer des points majeurs comme la levée du drapeau et la réglementation sur les armes. La levée du drapeau du FLNKS, en ce qu’elle a fait croire à une jeunesse kanak désœuvrée et violente qu’elle était le signal qu’il n’y avait plus qu’à se servir, a eu un effet direct sur la hausse de la délinquance. Quant aux armes, c’est une évidence que le choix fait par démagogie et en toute légèreté par les politiques, a constitué une erreur grave que l’on ne sait plus aujourd’hui comment réparer.

Trop tard ?

N’est-il pas trop tard en effet pour tenter de remédier à ce catastrophique état de fait ? Pas un candidat aux municipales, quelle que soit la commune dans laquelle il fait campagne, qui ne place la sécurité en tête de ses priorités. Les Calédoniens sont-ils dupes ? Eux qui, depuis trente ans, depuis Jacques Lafleur et consorts, entendent le même discours sécuritaire qui se veut viril et déterminé, mais dont on a vu les limites puisqu’en trente ans, les choses n’ont fait qu’empirer.

Parce qu’en définitive, il en va de la sécurité, comme du tourisme, de l’économie, du BTP, de l’agriculture… une mauvaise politique, une absence de volonté et de travail, une vision fausse et floue, des erreurs politiques majeures, ont conduit à la déliquescence du système. Et aujourd’hui les équipes nouvelles qui vont surgir des urnes de mai, auront bien du pain sur la planche pour remettre les choses dans le bon sens !

Th. Borde

Un chiffre qui confirme l’– excellent ? – bilan du gouvernement Martin

DetteCafat

Montant de la dette du RUAMM au 31.12.2012 : 5,472 milliards de francs. Ce chiffre est au bas du rappel sur les compensations et rejets effectués par le Payeur. Et il a été remis sous les yeux du président du gouvernement ce 6 février, dans un courrier adressé par Jean-Pierre Kabar. L’objet de cette nouvelle lettre du président du conseil d’administration de la CAFAT ? L’insuffisance de financement du régime maladie calédonien. En deux pages, M. Kabar rappelle à Harold Martin que la Commission de suivi et d’orientation des prestations familiales de solidarité a invité la CAFAT à solliciter, dès le début 2014, une subvention du gouvernement pour lui permettre de verser ces prestations jusqu’à la fin de l’année en cours.

« Il m’apparait inéluctable, explique le président de la CAFAT, de mettre en regard de ce besoin avéré de financement du régime des Prestations familiales de solidarité, la position débitrice de la Nouvelle-Calédonie vis-à-vis du régime. » En clair, le pays doit de l’argent à sa caisse de santé : 1,2 milliard. En effet, une retenue effectuée à tort par le Payeur de la Nouvelle-Calédonie sur les produits 2010 de la Contribution sociale additionnelle (CSA) pour obtenir le remboursement d’une avance de trésorerie accordée par la Nouvelle-Calédonie au RUAMM est à l’origine de cette dette. «  Comme vous le savez, explique M. Kabar, la CSA était affectée au financement du régime des Prestations familiales de solidarité. De surcroît, les deniers de la CAFAT étant insaisissables, le Trésorier-payeur général a confirmé, par courrier en date du 5 avril 2011, que l’opération de compensation effectuée par le Payeur de la Nouvelle-Calédonie avait un caractère « prohibé » et qu’elle devait être régularisée. » Et malgré de nombreuses relances, la CAFAT n’a toujours rien récupéré.

En ce début d’année 2014, alors que la situation du RUAMM est extrêmement préoccupante, la Caisse de santé calédonienne redemande au gouvernement d’honorer sa dette (1,2 milliard) qui tient donc une bonne place dans ce montant total (5,472 milliards). Lorsqu’il a présenté son bilan, Harold Martin a bien évidemment oublié de mentionner l’état de notre régime de santé. Comme il ne fallait présenter que la face élogieuse de l’exercice gouvernemental, tous les maux et autres chiffres négatifs ont été soigneusement mis de côté.  Voilà pourquoi il est bon d’en parler…

Th. S.

 

Le Canard enchainé se moque de notre FO

CanardEnchainéDans son édition du 12 février, l’hebdomadaire satirique consacre un petit article à Force ouvrière Nouvelle-Calédonie. Il reprend de extraits du bimestriel du syndicat cher à Didier Kaddour, consacrés notamment à Pierre Garcia, le directeur du Travail sur le départ. Mais là n’est pas le plus savoureux pour le Canard enchainé. En effet, selon FO Nouvelle-Calédonie, pour remettre cette direction du Travail si suspecte et dangereuse pour le syndicat calédonien dans le bon chemin, il faudrait envoyer ses membres en Allemagne. Pour un stage normal, comme ce fut le cas il y a de nombreux mois à Berlin dans le cadre du Conseil du dialogue social ? Non… Juste évoquer le regret de ne plus avoir les Nazis au pouvoir dans ce pays. Comme le souligne l’hebdomadaire palmé, il est grand temps que Jean-Mailly, le grand patron de FO remette en place les idées de ses adhérents calédoniens.

Que se passe-t-il à la DFPC ?

La direction de la Formation professionnelle continue (DFPC) est la chasse gardée de Sylvie Robineau qui va très au-delà du simple contrôle et animation de ce secteur pour reprendre le périmètre de la mission des membres du gouvernement et pilote directement cette Direction, tout comme la DASS d’ailleurs.

Cette grosse usine à gaz qu’est la DFPC dispose d’un pouvoir considérable puisque le formateur qui veut être reconnu comme tel et permettre la déduction du fameux 0,7% par l’entreprise qui fait appel à ses services, doit passer par de pointilleux contrôles administratifs visant à s’assurer qu’il dispose des qualifications requises et que les formations assurées correspondent bien à de la formation professionnelle.

Si le premier point semble facile à contrôler, il en va tout autrement du contenu de la formation et de nombreuses petites entreprises se voient refuser la possibilité d’être reconnues comme formateur au motif que leurs formations n’en sont pas. Et là, au étonnant que cela puisse paraître, l’entreprise est confrontée à des agents administratifs qui n’ont jamais fait de formation de leur vie et qui se contentent d’interpréter les dispositions du Code du travail de manière très restrictive.

Ainsi, de nombreuses petites entreprises qui se positionnent sur des créneaux souvent inconnus de l’administration, se voient opposer une fin de non-recevoir au motif qu’il ne s’agirait pas de formation professionnelle continue mais de simple sensibilisation ou initiation. L’entreprise peut toujours argumenter, elle se heurte au pouvoir discrétionnaire d’une administration tatillonne qui constitue un véritable frein à l’initiative privée. Il semble que le tout nouveau directeur de la DFPC, Philippe Martin, aurait toutes les peines du monde à introduire un peu de souplesse au sein d’une Direction qui fonctionne en vase clos et semble avoir quelque peu perdu le sens des réalités économiques.