Les maux pour bien le dire

Les maux pour bien le dire

La disparition des Nouvelles de Tahiti suscite de nombreuses réactions et quelques malaises. Un trouble parfaitement illustré par « Mal à ma Polynésie, mal à ma Démocratie », écrit par Tenahe Faatau dans Médiapart. Extraits…

Gaston Flosse faisait souvent la une de ce journal, mais pas pour y être toujours plébiscité.

Gaston Flosse faisait souvent la une de ce journal, mais pas pour y être toujours plébiscité.

 

Le plus ancien quotidien de la Polynésie française est donc paru pour la toute dernière fois, le vendredi 23 mai 2014. Une mort annoncée qui ne laisse personne indifférent, en Polynésie française et en Métropole puisque Médiapart a ouvert ses colonnes à Tenahe Faatau pour qu’il s’exprime sur le sujet. Sans doute l’analyse la plus pertinente à ce jour. « Les Nouvelles de Tahiti ont, depuis 1957, secoué l’oligarchie dirigeante de la Polynésie française, remué les mœurs, la pensée unique, les dogmes étatiques qui justifiaient les essais nucléaires, mis à mal la super-puissance de l’homme fort de la Polynésie, parfois au même prix que ce dernier. Jamais déstabilisés, les journalistes qui composaient cette rédaction n’ont eu de cesse d’informer une population parfois réticente à certaines vérités. Car il est difficile de prêcher l’information objective et indépendante sur un territoire français nourri à l’argent facile et à la désinformation. »

Ces Nouvelles-là, elles étaient considérées comme courageuses et culottées, on ne peut donc pas penser que leur disparition est seulement motivée par des justifications économiques selon l’auteur de ce texte, même si, à l’heure du numérique, la presse papier est en difficulté. « Soyons réalistes, Les Nouvelles de Tahiti dérangent. Un Médiapart version Pacifique dont la tête fut longtemps intouchable, respectée voire même craint par la classe politique et économique dirigeante. Seulement, au lendemain du retour de Gaston Flosse, le politique et l’économique s’allient, en silence, pour faire tomber le quotidien de l’opposition. Et cette opposition, Les Nouvelles de Tahiti l’ont exprimé envers tous les pouvoirs. Le quotidien n’a pas tergiversé sur la nécessité d’informer les Polynésiens sur ceux qui les dirigent ; tous ont eu droit à la plume acérée des éditorialistes. Des affaires politico-judiciaires du « Vieux Lion » au manque de compétence des indépendantistes et en passant par la branlante alliance centriste ‘‘To Tatou Ai’a’’ (qui a changé de nom depuis), tous ont eu à faire à ce véritable trouble-fête du pouvoir polynésien. Les taxer de militantisme était donc de mauvaise foi, un refus d’accepter la réalité en face, celle d’un Polynésie sous seringue hypodermique, gangrenée par la corruption, les manipulations, la désinformation et la malsaine collusion entre les gouvernements français et les dirigeant autonomistes, mais ça, c’est une autre Histoire. »

Selon Tenahe Faatau, la pensée unique est donc en marche. Plus rien, si ce n’est « une information lisse, à peine traitée, une fade et simpliste reprise de communiqués ; tout est beau, tout est bon, chacun est à sa place et ainsi soit-il ».  Et après avoir rendu hommage à Murielle Pontarollo, la rédactrice en chef « à la plume forgée dans l’acier », l’auteur termine son propos par un parallèle inévitable. « Les Nouvelles de Tahiti auront résisté 57 ans. Sa fermeture laisse un arrière-goût d’injustice, d’impuissance et d’incompréhension. Ces 57 années auront au moins été une belle aventure, avec ses espoirs et ses désillusions. La plus grande et la plus douloureuse restera la disparition de Jean-Pascal Couraud, journaliste passionné par l’investigation et la vérité. Il fut lui-même Rédacteur en Chef des Nouvelles et un des premiers à dénoncer ce système dérivant qui caractérise la Polynésie. Sa disparition non élucidée en 1997 fait incroyablement écho à celle du vendredi 23 mai 2014. Sous la France des tropiques, tu te tais ou tu t’effaces. » Alléluia…

Th. S.

Flosse encore mis en examen

Flosse encore mis en examen

FlosseExamenDéjà poursuivi dans quelques affaires, le président de la Polynésie française est maintenant soupçonné de détournement de fonds publics lorsqu’il était maire de Pirae. Affaire dans laquelle Edouard Fritch est aussi mis en examen…

Gaston Flosse vient d’ajouter une nouvelle corde à son arc judiciaire en étant désormais mis en examen pour détournement de fonds publics, depuis lundi. Le sénateur polynésien est visiblement mêlé à la même affaire qu’Edouard Fritch, le président de l’Assemblée, lui aussi mis en examen pour détournement de fonds publics.

Les deux élus sont soupçonnés d’avoir fait supporter à la commune de Pirae, dont ils ont été maire tous les deux, l’approvisionnement en eau de la villa de Gaston Flosse, sur une commune voisine, Arue. Cette villa, construite sur une zone dépourvue d’eau potable à l’époque, a été raccordée à une réserve située à Pirae. Et le pompage de cette eau pour l’acheminer vers la villa de Gaston Flosse, puis vers de nombreuses autres villas bâties par la suite, a donné lieu à « des frais d’électricité et d’entretien colossaux » selon un rapport de la Chambre territoriale des comptes. On parle de plus de 10 millions de francs CFP par an, en plus des travaux initiaux.

Boomerang chinois ?

Edouard Fritch qui brigue à nouveau la mairie de Pirae, s’est étonné, dans un communiqué, de sa convocation par le juge « à la veille d’élections communales ». Selon Yves Piriou, l’avocat du président de la Polynésie française, « le procureur Thorel veut se faire la peau de monsieur Flosse ». Un sénateur qui est également poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics dans l’affaire de l’atoll Anuanuraro, jugée en juin prochain.

Il est bon de rappeler que ces nouvelles affaires surviennent alors que Gaston Flosse vient de dérouler le tapis rouge à la Chine et à ses investisseurs. Sans demander de comptes à personne, il a même hissé le drapeau chinois, en lieu et place de l’étendard européen, pour recevoir ses invités de l’empire du Milieu. En outre, à la une des Nouvelles de Tahiti, le sénateur est même allé jusqu’à déclaré : « Nous descendons des Chinois pas des Gaulois ». La France a-t-elle apprécié ?

 Th. S.

Lu dans Les Nouvelles du jour

La SLN serait donc sur le point de perdre 25 milliards de francs. Une page d’explications dans l’édition de ce 20 février, mais on peut regretter que, face à ce très lourd déficit, le quotidien oublie de rappeler que la Société le nickel a versé, au titre des exercices 2011 et 2012, 89,5 milliards de dividendes à ses actionnaires. Certains élus calédoniens et quelques spécialistes avaient fustigé cette distribution fastueuse dans un contexte très morose. Nul doute que la polémique va s’amplifier avec l’annonce des chiffres officiels d’Eramet en fin de semaine.

Sinon, Les Nouvelles confirme que les rues de Nouméa accueillent désormais une nouvelle identité, en l’occurrence José Casaroli. Il est bon de rappeler que des personnages historiques comme Maurice Lenormand par exemple, n’ont toujours pas eu cette chance.

Chez notre voisin polynésien, on apprend également une hausse importante du chômage. Une tendance d’autant plus inquiétante que, dans le même temps, Tahiti a connu un fort exode migratoire. Plus de chômage pour moins de population, c’est peut-être ça l’effet Flosse…

Th. S.