A Vale pour tout gober ?

A Vale pour tout gober ?

Bien assis dans le bel auditorium de la Province sud, accolé au gouvernement et face à la Maison bleue, on se serait presque cru dans une grande classe de primaire. Sauf que cette fois, les mauvais élèves n’étaient pas au fond, mais au premier rang. La mine renfrognée et les postures un peu embarrassées, les quatre négligents de Vale ont passé tout leur temps à écouter les deux principaux professeurs de ce cours si particulier, en l’occurrence Philippe Michel et Jean-Jacques Brot.

Deux précepteurs qui veulent encore croire que les mauvais peuvent mieux faire et enfin devenir bons, qu’ils vont bien retenir la leçon, cette fois, et qu’il ne sera plus question d’avoir de la fuite, mais bien de la suite dans les idées. Malheureusement, dans cette classe, ils étaient nombreux, ce vendredi 30 mai, à être beaucoup moins enthousiastes et rassurés que les deux profs. Les élèves du Grand Sud notamment, qui ont subi tant d’avertissements et vu trop de mauvaises notes pour croire en cette éventuelle rédemption sur le carnet brésilien.

On peut d’ailleurs légitimement se demander comment un groupe si brillant, lors de sa rentrée initiale, a pu devenir aussi lénifiant, insouciant et exaspérant, incapable de se maîtriser et de suivre des recommandations qu’il a pourtant maintes fois promis de bien enregistrer et de maîtriser. Un peu comme s’il le faisait exprès, sûr de son (mé)fait parce qu’il appartient à une si grande famille qu’il s’estime à l’abri de tout et qu’il peut même carrément moquer ceux qui oseraient le réprimander.

Confortablement installés au premier rang, ils auraient même pu faire l’effort de s’excuser. Une faute, dans ce cours hydrométallurgique si ardu, cela peut se concevoir, mais six énormes erreurs en si peu de temps, c’est difficilement compréhensible et admissible. Il n’empêche, pas la moindre demande de pardon pour tant de méprises néfastes. Ils se sentent sûrement au-dessus de tout ces gens-là, si puissants qu’ils ne supportent guère l’examen de leur discutable façon de procéder. Ils auraient pu être les premiers de la classe, mais ils demeurent encore les premiers de la crasse… environnementale.

Le Zélateur Masqué

Une f(r)acture bel et bien là…

Une f(r)acture bel et bien là…

La Province sud désormais présidée par Philippe Michel a permis à tous ceux qui le souhaitaient de faire le point, ce vendredi 30 mai, sur l’usine du Sud et ses perspectives. Un rendez-vous qui a permis à chacun de s’exprimer, confirmant le fossé qui existe désormais entre les habitants du Grand Sud, désemparés par cette cascade d’accidents, et l’industriel, qui a de plus en plus de mal à convaincre de sa bonne volonté. Entre les deux, une Province sud à la fois déterminée et coincée… 

Peter Poppinga, un des big boss de Vale souvent pris à partie par le public.

Peter Poppinga, un des big boss de Vale souvent pris à partie par le public.

Au terme de cette réunion qui a duré plus de deux heures, tous ceux qui pouvaient encore douter de la défiance des tribus du Grand Sud ont pu assister en direct à leur réquisitoire vis-à-vis d’un industriel envers lequel elles n’ont plus du tout confiance. Une habitante et un habitant de Goro, pourtant tous deux employés de l’usine du Sud, ont carrément demandé la fermeture de leur outil de travail. C’est dire… Ces deux exemples, parmi tant d’autres, car ils étaient nombreux les Kanak à avoir fait le déplacement pour en savoir plus, ont confirmé la fracture béante qui existe aujourd’hui entre Vale NC et les populations impactées directement par ces fuites à répétition. La confiance n’est plus là, et on voit mal comment elle pourrait regagner du terrain, tant l’industriel peine à donner de réels gages de sa capacité à mieux faire.

Selon cet habitant de Goro, depuis la mise en place de l'usine du Sud, l'océan n'est plus celui que ses vieux ont connu.

Selon cet habitant de Goro, depuis la mise en place de l’usine du Sud, l’océan n’est plus celui que ses vieux ont connu.

Peter Poppinga, l’un des big boss de la multinationale brésilienne, était présent, mais lui, comme tous les autres cadres de Vale NC, parmi lesquels Yves Roussel, n’a daigné présenter la moindre excuse au nombreux public. Le directeur exécutif Métaux de base de Vale a simplement pris la parole pour expliquer que sa société ferait tout son possible, désormais, pour que le pire n’arrive pas. Mais pourquoi ne l’a-t-elle pas fait auparavant ? Le géant brésilien ressemble de plus en plus à un mauvais élève incapable de bien faire si on ne lui tire pas l’oreille. Et ces dernières années, force est de constater que la Province sud qui, selon Philippe Michel, « a relâché sa surveillance », a été un professeur plutôt laxiste en matière de contrôle des devoirs de Vale. Le nouveau président de la Maison bleue a même ajouté : « Nous avons atteint le maximum de ce qui était acceptable avec Vale. Ça suffit. »

Philippe Michel et Jean-Jacques Brot ont souvent pris la parole pour répondre aux nombreuses interrogations du public.

Philippe Michel et Jean-Jacques Brot ont souvent pris la parole pour répondre aux nombreuses interrogations du public.

Présent lui aussi, le Haut-commissaire s’est souvent mis en scène pour répondre aux uns et aux autres. D’abord vif et tranchant contre une Martine Cornaille pas du tout convaincue de la pertinence de redémarrer cette usine, malgré les recommandations de l’INERIS. Jean-Jacques Brot a reproché à la présidente d’EPLP son appel à manifester alors qu’on sort à peine d’une période de vives tensions et que tout demeure précaire. « Il faut resserrer les délais et aller vite vers un audit », selon le Haut-commissaire qui a ensuite dû composer avec les récriminations de Kanak qui ne veulent pas entendre parler d’autre chose que de la fermeture de ce complexe industriel. A l’instar de Philippe Michel, le représentant de l’Etat a demandé un rapport qui permettrait de prendre en compte les répercussions économiques et sociales de cette fermeture. Mais il s’est trompé lorsqu’il a déclaré qu’aucun élu n’avait demandé cette issue fatale. En effet, lors du débat télévisé consacré à la Province sud sur NC 1ère, Roch Wamytan, à la suite de cette fuite d’acide, avait exigé « la fermeture pure et simple » de l’usine du Sud.

Pour Raphaël Mapou, le pire, ce sera l'explosion de l'usine.

Pour Raphaël Mapou, le pire, ce sera l’explosion de l’usine.

Au final, après qu’un intervenant ait comparé Goro Nickel à une « bombe » et que Raphaël Mapou ait admis que le pire n’était pas encore arrivé, ce pire étant « l’explosion de l’usine », il reste donc cette obligation désormais sur les épaules de la Province sud, à la fois garante de la mise en œuvre effective des recommandations de l’INERIS et d’un contrôle plus accru et efficace sur le site industriel, et soucieuse de la prise en compte de toutes les sensibilités dans ce dossier devenu si sulfureux. En la matière, Philippe Michel et son équipe vont devoir redoubler d’efforts et d’explications pour convaincre les plus réticents des nouvelles dispositions affichées par sa collectivité et des meilleures intentions promises par Vale NC. Car la fracture est bel et bien là, omniprésente et incontournable…

Th. S.

Une drôle de découverte au menu

Une drôle de découverte au menu

En s’installant au quatrième étage de la Province sud, le nouveau président de la collectivité a découvert que ses prédécesseurs RUMP étaient visiblement des férus de bons petits plats puisqu’ils ont fait installer un coin cuisine de grande qualité. C’est Pierre Frogier, lorsqu’il était président, qui a été l’initiateur de cette démarche culinaire. Pour mieux préparer ses tambouilles politiques ? Voire… Il reste maintenant à savoir si Philippe Michel, le successeur de Cynthia Ligeard, va changer la carte et offrir de nouvelles saveurs dans le cadre du contrat de gouvernance solidaire. Un peu plus digestes ?

Au rendez-vous de la bonne tambouille politique au quatrième étage de la Province sud ?

Au rendez-vous de la bonne tambouille politique au quatrième étage de la Province sud ?

Alter ego et promotion égale

Alter ego et promotion égale

Fidèle parmi les fidèles de Philippe Gomès, Philippe Michel vient d’accéder à la présidence de la Province sud, là où il a déjà été un deuxième vice-président (en 2004 et en 2009) discret mais remarqué. Cette nomination est une juste récompense pour un élu enfin projeté en pleine lumière. Trajectoires…

Avec Philippe Michel à la tête de la Province sud, Philippe Gomès sait que rien ne lui échappera de la vie de la collectivité.

Avec Philippe Michel à la tête de la Province sud, Philippe Gomès sait que rien ne lui échappera de la vie de la collectivité.

En dehors de quelques accrocs de vie privée, il y a de très nombreuses années, la complicité entre les deux Philippe – Gomès et Michel – est sans doute le plus bel exemple de ce que l’on peut trouver en matière de vie politique commune. Fidélité, détermination, solidarité… tels ont été les maître-mots de ces deux amis qui se connaissent depuis qu’ils sont adolescents. Pierre Maresca, qui les a côtoyés de près lorsqu’ils étaient jeunes et impétueux, pourrait sans doute nous en dire bien plus sur ce duo sans équivalent. Toutefois, si les deux Philippe historiques de Calédonie ensemble se fréquentent depuis des lustres, il y a toujours eu une hiérarchie bien établie : Gomès le leader et Michel l’équipier. Déjà, à l’époque du RPCR, lorsqu’avec l’incontournable Harold Martin ils formaient un trio de Brousse aussi respecté que redouté, le maire de La Foa était le patron, celui qu’on écoutait avec attention. Discret, presque redevable, Philippe Michel a toujours été beaucoup plus proche de l’actuel député de la seconde circonscription que tous les autres élus : au sein du RPCR, durant la brève époque de l’Avenir ensemble victorieuse en 2004 et depuis six années maintenant avec Calédonie ensemble. Liés et rivés au même credo Il y a dix ans, lorsque Philippe Gomès devenait président de la Province sud, son alter ego s’emparait d’une seconde vice-présidence qui avait tous les airs de la première accordée à Sonia Lagarde. En 2007, quand l’Avenir ensemble se scindait en deux, Philippe Michel embarquait dans le même nouveau mouvement – Calédonie ensemble – que son leader. En toute confiance, quasiment les yeux fermés, même s’il fallait tout reconstruire. Ainsi vont les deux Philippe, politiquement et indéfectiblement liés et rivés au même credo. A l’issue du scrutin provincial du 11 mai, alors que certains attendaient le retour du député à la présidence de la Maison bleue, c’est pourtant le secrétaire général de Calédonie ensemble qui a été récompensé. Enfin… Après tant d’années dans l’ombre, voilà la pleine lumière pour Philippe Michel, celui sur lequel Philippe Gomès, qui a sûrement d’autres combats éclairés à mener, peut compter. Car il sait pertinemment que, même loin de l’exécutif provincial, rien ne lui échappera. Et lorsqu’il faudra répondre à deux ou trois heures du matin à l’appel d’un député à Paris, le nouveau boss de la Maison bleue sera encore au bout du fil. Comme il l’a toujours été, depuis tant d’années…

Th. S.

Nous nous sommes tant détestés…

Nous nous sommes tant détestés…

Les quatre jours de négociations entre Calédonie ensemble, le Front pour l’unité et l’Union pour la Calédonie dans la France ont accouché d’un contrat de gouvernance. Le minimum vital pour apporter de la stabilité aux institutions. Toutefois, les profondes divergences demeurent…

Le plus dur reste à affaire pour que cette nouvelle alliance permette à tout le monde de regarder dans le même sens.

Le plus dur reste à faire pour que cette nouvelle alliance permette à tout le monde de regarder dans le même sens.

Il y a quelques jours encore, cette réunion des trois grands partis non indépendantistes était impensable et improbable, tant les campagnes municipale et provinciale avaient été âpres, viriles, parfois même féroces. Mais aujourd’hui, vendredi 16 mai, à l’issue d’un scrutin qui n’a donné de majorité à personne, Gaël Yanno et Cynthia Ligeard étaient à la droite de Philippe Gomès. Et derrière ce trio mis en avant pour expliquer les grandes lignes d’un « contrat de gouvernance solidaire », tous les élus des trois partis, y compris un Harold Martin plaisantant avec Philippe Michel.

On a tout oublié et on recommence ? Pas vraiment… Les trois mouvements désormais réunis ont simplement trouvé le minimum qui peut les rassembler afin d’aborder cette mandature historique dans les meilleures conditions. Trois points essentiels symbolisant la naissance de ce contrat : assurer la stabilité des institutions ; mettre en œuvre les réformes nécessaires pour le pays et dialoguer de manière constructive à la fois avec les indépendantistes mais aussi avec l’Etat.

Prony et Pernod ? On verra plus tard…

Dans le registre de la répartition des postes, comme nous l’avons annoncé, Philippe Michel est devenu le président de la Province sud, en attendant que Gaël Yanno prenne les commandes du Congrès et que Cynthia Ligeard soit élue à la tête du gouvernement. Dans ces trois institutions, Calédonie ensemble a transformé son leadership provincial en présences supérieures à celles des deux autres partis arrivés derrière.

Cependant, au-delà de cette distribution des rôles, force est de constater que les grandes divergences ont été laissées, pour l’heure, de côté. Par exemple, lorsque les gisements de Prony et de Pernod ont été évoqués en conférence de presse, quelques sourires en coin et une réponse évasive pour expliquer qu’il n’y a pas d’accord et qu’on verra donc plus tard. En outre, Gaël Yanno et Philippe Gomès se sont également empressés de clamer que ce contrat de gouvernance n’aurait pas le moindre prolongement dans les arènes municipales, notamment à Nouméa et à Païta. En résumé, presque contraint et forcé, malgré son excellent résultat provincial, Calédonie ensemble doit composer avec le FPU et l’UCF. Pour un contrat à durée indéterminée lors de cette mandature ? Rien n’est moins sûr…

Th. S.

Province sud : le bureau attendu

Province sud : le bureau attendu
Philippe Michel dans la grande lumière provinciale après avoir été longtemps dans l'ombre.

Philippe Michel dans la grande lumière provinciale après avoir été longtemps dans l’ombre.

Dans la foulée de la présentation du contrat de gouvernance scellé entre Calédonie ensemble, le Front pour l’unité et l’Union pour la Calédonie dans la France, la nouvelle assemblée de la Province sud a élu son bureau. Comme nous l’avions annoncé il y a deux jours, Philippe Michel a succédé à Cynthia Ligeard et il sera entouré, pour cette nouvelle mandature, par Martine Lagneau (première vice-présidente CE), Gil Brial (deuxième vice-président UCF) et Dominique Molé (troisième vice-président CE).

Sans surprises, les scores générés par le nouvel équilibre comptable de l’hémicycle de la Maison bleue – 33 voix non indépendantiste et 7 indépendantistes – ont été respectés lors des quatre votes. A l’issue de chaque scrutin, les vainqueurs sont allés saluer les vaincus : Philippe Michel a serré la main de Roch Wamytan, Martine Lagneau a embrassé Marie-Pierre Goyetche, Gil Brial a félicité Louis Mapou et Dominique Molé a étreint Sylvain Pabouty.

Comme le veut la coutume, en conclusion de cette séance d’installation, le nouveau président de la Province sud a pris la parole devant tous les élus pour rappeler la genèse de ce nouveau contrat de gouvernance. « L’objectif de cette démarche est clair : il s’agit, à l’issue d’une période quelque peu tourmentée, d’assurer une gouvernance stable des trois institutions du pays où nous sommes majoritaires, en l’occurrence l’assemblée de la Province sud, le gouvernement et le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. » S’entendre sur l’essentiel et mettre en œuvre les réformes nécessaires, telles ont été les autres ambitions proclamées par Philippe Michel dans ce bref discours. Le temps se chargera de nous en dire plus sur le bien-fondé, la solidité et l’efficacité de cette nouvelle alliance…

Th. S.

Ce qui se trame dans les cuisines non indépendantistes

Ce qui se trame dans les cuisines non indépendantistes

Depuis lundi 12 mai, lendemain du scrutin provincial, Calédonie ensemble, le Front pour l’unité et l’Union pour la Calédonie dans la France échangent pour définir les contours de leur contrat de gouvernance. Pour l’heure, dans le domaine de la répartition des postes, nous en sommes toujours aux éventualités… Répartition…

Comme c'est annoncé dans les coulisses, Philippe Michel serait bien le favori pour prendre la présidence d'une Province sud Calédonie ensemble.

Comme c’est annoncé dans les coulisses, Philippe Michel serait bien le favori pour prendre la présidence d’une Province sud Calédonie ensemble.

Du côté du boulevard Vauban, on parle de Gaël Yanno pour devenir le président du Congrès.

Du côté du boulevard Vauban, on parle de Gaël Yanno pour devenir le président du Congrès.

Cynthia Ligeard est aujourd'hui pressentie pour prendre la présidence du gouvernement et succéder à un Harold Martin dont on se sait toujours pas quel sort lui sera réservé.

Cynthia Ligeard est aujourd’hui pressentie pour prendre la présidence du gouvernement et succéder à un Harold Martin dont on se sait toujours pas quel sort lui sera réservé.