Débat autour du tableau annexe

Débat autour du tableau annexe

Blaise

Un tableau qui n’existe pas pour Philippe Blaise *

La ligue des Droits de l’homme se plaint de la non existence du tableau annexe de 1998. En fait, le tableau annexe c’est tout simplement la liste de ceux qui, inscrits sur la liste générale (élections municipales, législatives, présidentielles, européennes), ne le sont pas sur la liste spéciale (élections provinciales). Ce document en soi, il n’existe pas. Il n’a jamais existé. C’est simplement une notion virtuelle.

Si, en 1998, personne, l’Etat compris, n’a éprouvé le besoin d’archiver un document matérialisant ce tableau annexe virtuel des non citoyens, c’est pour une très bonne raison : à l’époque le corps électoral était glissant conformément à l’Accord de Nouméa voté par 72% des Calédoniens et conformément à la Loi organique. Ce n’est que neuf ans plus tard que Chirac nous a imposé le gel du corps électoral (avec la bénédiction de l’Avenir ensemble dirigé par MM. Leroux, Martin et Gomès).

Donc ce fameux tableau annexe n’avait pas à être archivé puisque chaque année les personnes ayant eu 10 ans de présence devenaient citoyennes. Par nature, ce tableau annexe était évolutif et son archivage sans aucun intérêt pratique. Qui pouvait imaginer en 1998 qu’il faudrait, neuf ans plus tard, subir le gel du corps électoral et que seize ans plus tard, en 2014, le FLNKS irait se référer à cette liste virtuelle pour justifier des recours iniques ? L’absurdité du raisonnement à rebrousse-temps du FLNKS est la plus belle démonstration que, dès le départ, la citoyenneté était bien glissante, et c’est pour cela que nous réclamons, à l’UCF, le retour au contrat politique validé par le peuple : la citoyenneté au bout de dix ans.

* Membre de l’Union pour la Calédonie dans la France.

Caillard

 

Un tableau pas du tout virtuel selon Jean-Paul Caillard *

Le tableau annexe du 08 novembre 1998 n’est pas du tout « virtuel » : il est aux abonnés absents. Ne pas confondre. Un tableau annexe est bien constitué par la différence entre liste générale et liste spéciale, donc réalisable, sauf que c’est justement la liste générale devant servir à le constituer qui est devenue introuvable. Et c’est la seule, celle du 08 novembre 98, à avoir disparu puisque celles de toutes les autres années sont bien existantes, elles.

Après maintes requêtes, l’Etat a fini par donner la liste générale de février 1998 et c’est elle qui a servi de base aux recours. Mais, entre février et novembre 1998, des centaines, voire plus de mille personnes, ont pu s’inscrire, et toutes ces personnes ont « subi » des recours à tort, d’où une grande confusion.  Reste qu’il y a eu des milliers de personnes qui n’étaient pas inscrites sur la liste générale de 1999 – et donc absents de celle de novembre 98, sauf les nouveaux majeurs – et qui ont été inscrites indument par les commissions administratives spéciales, considérant une simple présence suffisante comme présomption d’inscription, ce qui était loin d’être toujours le cas.

D’autre part, le Congrès de Versailles n’a certainement pas désigné une liste virtuelle pour servir de repère à la composition du corps électoral restreint : la liste générale devait encore exister. Sinon, c’est très grave pour la France : du grand n’importe quoi. Une enquête devrait être diligentée pour expliquer cette disparition, mais confiée à qui ? L’Etat se jugerait lui-même.

* Membre de la ligue des Droits de l’homme de Nouvelle-Calédonie.

La peur de l’autre

La peur de l’autre

Heureusement que nous sommes en 2014, tout proche du terme de l’Accord de Nouméa, symbole du vivre ensemble et du destin commun, parce que sinon, nous serions tentés de nous croire revenus des années en arrière. A une époque où il ne faisait pas bon se côtoyer. Ces quelques années de crise où le radicalisme régnait en maître, les uns fustigeant, voire même tirant, sur les autres. En ces moments douloureux, on pouvait sans doute comprendre les distances et les rancœurs qui pouvaient prévaloir dans ces deux camps ennemis.

Mais aujourd’hui, près de trente ans après, alors que les accords de Matignon et de Nouméa sont passés par là, comment traduire cette nouvelle défiance avérée entre les indépendantistes et les non-indépendantistes ? Quel que soit le geste ou l’approche effectué par les uns – Rassemblement ou Calédonie ensemble – vis-à-vis des autres – Union calédonienne et PALIKA – dans certaines communes, notamment dans le Nord, force est de constater que la critique abrupte tombe inéluctablement sur eux. Comme si leur démarche ne pouvait être qualifiée que de traitrise alors que, dans le contexte actuel, il serait bien plus opportun, en effet, de discuter et de travailler ensemble. Plutôt que de rester chacun dans son coin, arc-boutés sur ses convictions.

En ce sens, lundi 24 mars, le journal télévisé de NC 1ère a donné un bien mauvais exemple, invitant d’abord trois élus non-indépendantistes – Sonia Backes, Philippe Gomès et Grégoire Bernut – avant de convier trois indépendantistes – Gilbert Tyuienon, Louis Kotra Uregeï et Charles Washetine – et de donner encore du grain à moudre aux plus radicaux. D’ailleurs, tous les téléspectateurs ont pu se rendre compte de la différence entre les deux trios. Les premiers n’ont cessé de s’invectiver et de se couper la parole pendant que les seconds ont plutôt fait preuve de respect et d’écoute de l’autre.

Nous voulons bien croire que l’Union pour la Calédonie dans la France est un cas à part qui croit que l’on peut gérer le pays tout seul, sans la moindre collaboration avec les indépendantistes, mais tout de même… Leur obstination à s’enferrer dans une dialectique surannée et fantasmagorique ne doit pas obstruer la réalité, bien différente. Fort heureusement, les prochaines provinciales sauront sans doute ramener tout le monde à la raison, à compter du 12 mai. Le lendemain de ce scrutin, il ne sera plus question de fadaises ou d’illusions, mais bien de pragmatisme face aux ultimes défis et enjeux de l’Accord de Nouméa. De nouvelles étapes où chacun devra travailler avec l’autre, sans en avoir peur…

Th. Squillario