Les premiers mots calédoniens de Pau-Langevin dans Demain

Les premiers mots calédoniens de Pau-Langevin dans Demain

L’hebdomadaire du groupe Lafleur nous propose cette semaine la première interview de la nouvelle ministre des Outre-mer consacrée à la Nouvelle-Calédonie. Extraits…

 

Depuis qu’il est rentré en Métropole, Christopher Albano est un envoyé spécial qui réalise quelques beaux coups pour Demain. En témoigne cette interview avec George Pau-Langevin dans un hebdo qui réussit donc l’exploit de devancer Les Nouvelles. Ceci dit, nous n’apprenons rien d’extraordinaire, mais les premiers mots calédoniens de la nouvelle ministre des Outre-mer méritent quelques attentions.

L’ancienne ministre déléguée à la Réussite éducative confirme par exemple qu’elle s’inscrit dans l’action initiée par son prédécesseur guadeloupéen. « Entre Victorin Lurel et moi, c’est la continuité qui prévaudra : l’Etat, le gouvernement respecteront le choix que feront librement les Calédoniens, sans ingérence, mais sans indifférence non plus, évidemment. » Vous avez dit neutralité ? Au niveau de ses connaissances des personnalités calédoniennes, George Pau-Langevin déclare qu’elle connaît depuis longtemps Marie-Claude Tjibaou, qu’elle a eu l’occasion de travailler avec les précédents députés – donc Gaël Yanno et Pierre Frogier – et que depuis 2012, elle a collaboré avec Philippe Gomès dans le cadre du projet de loi sur le refondation scolaire.

Pour un processus électoral indiscutable

Sur le sujet bien plus délicat et tendu des listes électorales, la ministre des Outre-mer veut faire confiance à la justice. « Le processus d’élaboration et de révision des listes électorales se fait, fort heureusement, sous le contrôle du juge, et c’est lui qui aura le dernier mot. Plus particulièrement, je suis très attachée, compte tenu de l’enjeu particulier que représentent les élections provinciales du 11 mai, à ce que ce processus soit indiscutable et reconnu comme tel par tous. » Vu la polémique, il est permis de douter, quel que soit le verdict de ces radiations, que ces décisions feront l’unanimité.

Sinon, Mme Pau-Langevin nous apprend qu’elle va recevoir bientôt Jean-Jacques Brot et qu’elle ne voit pas pourquoi sa feuille de route changerait. « Entre Victorin Lurel et moi, il n’y a pas la moindre discordance sur ce que doit être le rôle de l’Etat ici, ni sur ce que doit être l’action de son représentant. » Sauf qu’entre l’ancien ministre des Outre-mer et le Haussaire, il y avait justement quelques discordances. Voilà qui promet…

Th. S.

Penchard fustige Lurel

Penchard fustige Lurel

L’ancienne ministre de l’Outre-mer n’a pas attendu pour livrer ses impressions à France Antilles après le remaniement ministériel. Pour Marie-Luce Penchard, son successeur a tout simplement « été sanctionné », ce qui n’est pas étonnant car elle ajoute que Victorin Lurel est « toujours dans le calcul politicien ». Dans les colonnes du grand quotidien antillais, l’ancienne ministre UMP a donc profité de l’aubaine pour étayer son analyse.

« Le président Hollande et Manuel Valls n’ont voulu prendre aucun risque après les couacs du précédent gouvernement. Victorin Lurel fait partie des personnalités qui ont eu un couac assez important, notamment avec l’affaire Hugo Chavez. Il a comparé Chavez au général de Gaulle. Je crois que la méthode de travail utilisé par Victorin Lurel n’a plu, ni au chef de l’Etat ni au Premier ministre. Ils voulaient que Victorin Lurel pacifie le dossier sur le carburant. » Dans ce réquisitoire, le dossier calédonien n’est pas absent pour Marie-Luce Penchard. « Le Premier ministre a dû intervenir sur le dossier de la Nouvelle-Calédonie parce que Lurel utilise une méthode basée sur la concentration, la tension entre les personnes, il tergiverse, il polémique. Quand on occupe une fonction ministérielle, on doit apaiser les relations. »

En outre, la fille de Lucette Michaux-Chevry ne trouve guère de points positifs dans l’ère Lurel. « Il a été en rupture avec les agriculteurs réunionnais. Ils ont demandé sa tête. Je considère que son départ est une sanction et que son bilan n’est pas bon. Quelle loi a-t-il porté qui serait significative ? Le retour de Lurel est à l’image du personnage. Il est toujours dans un calcul politicien. Il ne trouvait pas sa place dans le gouvernement. Il voulait d’un poste régalien. » Et pour ce qui concerne la nouvelle ministre des Outre-mer, Mme Penchard semble plus optimiste sur ses capacités à bien travailler. « L’arrivée de Georges Pau-Langevin au ministère des Outre-mer, c’est la tranquillité pour le chef de l’Etat. C’est une femme de dossier, elle n’est pas de la même sensibilité politique que moi, mais elle aura à cœur d’écouter. Elle ne pratiquera pas la polémique pour exister, elle va travailler. Je lui souhaite bonne chance. »

Th. S.

Pau-Langevin succède à Lurel

Pau-Langevin succède à Lurel

George Pau-Langevin est la nouvelle ministre des Outre-mer. Une Guadeloupéenne succède donc à un Guadeloupéen, Victorin Lurel, qui n’a pas survécu à ce remaniement ministériel. La ministre de l’Education nationale, chargée de la Réussite éducative, dans le gouvernement Ayrault, est née en 1948 à Pointe-à-Pitre. Avocate de formation, elle est rentrée dans l’arène politique en 1975, devenant membre du Parti socialiste. Entre 1989 et 1995, elle a été conseillère municipale du 20e arrondissement parisien. Mandat qu’elle a récupéré en mars 2008.

George Pau-Langevin a également été élue députée, en juin 2007, toujours dans une circonscription parisienne, avant de franchir un palier, avec François Hollande, et de passer de l’univers parlementaire au monde ministériel, d’abord aux côtés de Vincent Peillon, le ministre de l’Education, aujourd’hui seule rue Oudinot.

Que doit-on attendre de cette nouvelle ministre ? Franchement, elle devrait s’inscrire dans une certaine continuité. Sans doute sera-t-elle plus discrète et moins phraseuse que son prédécesseur, plus enclin à paraître qu’à être et surtout à réformer ce qui doit l’être dans un ministère qui ne peut pas échapper aux remises en cause que l’Etat doit se prescrire et prendre en compte. Sur un plan plus général, ce nouveau gouvernement resserré, avec seulement seize ministres, sera davantage attendu dans sa capacité à mettre en œuvre les réformes attendues depuis des années, avec courage et ambition. Il ne suffit pas de changer de têtes, même s’il n’y en a que deux nouvelles – Ségolène Royal et François Rebsamen – dans ce gouvernement Valls, mais bien de modifier ses postures en agissant et ne craignant pas d’affronter les corporatismes qui paralysent l’Etat français depuis des lustres. Dans l’Outre-mer comme ailleurs…

Th. S.

Ayrault et Lurel bientôt dans le même bateau ?

Ayrault et Lurel bientôt dans le même bateau ?

A l’issue du second tour des municipales, François Hollande pourrait décider de changer de gouvernement. Peut-être même de ministre des Outre-mer. Mais il ne suffira pas de changer les effectifs…

  

« Un remaniement, ça parait nécessaire. A quel moment faut-il le faire ? Telle est la question. Le président tranchera. » Victorin Lurel, comme tant d’autres, sait que ce moment ne va plus tarder. Sans doute la semaine qui arrive, après le second tour des municipales qui ne devrait pas être plus rose que le premier pour les socialistes. « J’avoue que je n’appréhende pas le remaniement ministériel », a rajouté le ministre des Outre-mer dont l’aura s’est pourtant considérablement affaiblie sur ses terres, en Guadeloupe, où la quasi totalité de ses protégés ont été battus dès le premier tour.

M. Lurel a même reconnu sa défaite personnelle. Il figurait en 29e position sur la liste de Georges Clairy, le maire sortant (PS) de Vieux-Habitants, battue par Aramis Arbau (UMP) qui a obtenu 52,44% des voix. Faut-il en déduire que l’étoile du ministre des Outre-mer est en train de pâlir, tout comme celle de Jean-Marc Ayrault, un Premier ministre qui pourrait bien faire les frais des piètres résultats socialistes lors de ces municipales ? Si les nuages obscurcissent désormais les cieux politiques des deux hommes, tout dépendra des choix de François Hollande.

Le retour de Ségolène Royal

Pour remplacer son Premier ministre, Manuel Valls semble en pôle-position, il a de nombreux appuis, même si les écologistes semblent lui préférer l’actuel pensionnaire de Matignon. Toutefois, le président de la République semble quelque peu coincé, tant il est jugé trop libéral et plus assez à gauche par une bonne partie de ses troupes. Dès lors, remplacer M. Ayrault par un ministre de l’Intérieur lui-même jugé trop à droite apparaît quelque peu risqué.

Pour remplacer Victorin Lurel, nul doute que le chef de l’Etat aura moins de soucis s’il désire du changement pour l’Outre-mer. Seule certitude, dans cette chronique du remaniement annoncé : le retour de Ségolène Royal dans un gouvernement. Maintenant que Valérie Trierweiler n’est plus dans les parages de l’Elysée, la voie est libre pour l’ancienne épouse de François Hollande.

Cependant, bien davantage que de nouvelles têtes, le président de la République va surtout avoir besoin de courage et de pragmatisme pour entamer enfin les réformes dont la France a besoin. Mais aussi et surtout trouver les milliards d’euros d’économies demandés par Bruxelles. Sans cela, avec ou sans Jean-Marc Ayrault, le résultat sera le même : une faillite à la grecque…

Th. S.

Comme le FLNKS, Lurel s’en remet au droit et aux magistrats

Comme le FLNKS, Lurel s’en remet au droit et aux magistrats
Pierre Frogier plus que dubitatif dans les travées du Sénat.

Pierre Frogier plus que dubitatif dans les travées du Sénat.

A l’Assemblée nationale, nous avons eu droit à un duel entre Sonia Lagarde, la député Calédonie ensemble, et Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre. Interpellation à l’issue de laquelle l’Etat aurait, selon certains, réglé le problème des radiations sur la liste spéciale. Ce qui reste bien évidemment à prouver à partir du 3 mars prochain. Au Sénat, nous avons eu droit à une confrontation entre Pierre Frogier, le sénateur Rassemblement, et Victorin Lurel, le ministre des Outre-mer.

Confrontation à l’issue de laquelle le membre du gouvernement Ayrault affiche une relative prudence. « Il n’est pas illégal de demander la radiation d’électeurs. C’est une pratique courante, et pas seulement en Nouvelle-Calédonie ! Je me garderai bien de donner un avis personnel. Vous pouvez toujours contester une radiation, ce sont les tribunaux qui auront le dernier mot… La commission tranchera et sa décision sera susceptible d’un recours gracieux et d’un recours contentieux… La Cour de cassation aura le dernier mot, car la liberté de voter est une liberté fondamentale. »

Frogier n’a pas entendu le FLNKS

Chacun notera que le propos de M. Lurel n’est pas de la même veine que celui de M. Ayrault dont on peut se demander s’il n’adapte pas son discours en fonction de ses interlocuteurs. Quoi qu’il en soit, le ministre des Outre-mer a réaffirmé, devant le président du Rassemblement,« qu’il ne voit aucun inconvénient à la mission de travail du comité spécial de décolonisation de l’ONU. » De son côté, Pierre Frogier a encore fait part de sa grande inquiétude face à la radicalisation de la vie politique, indiquant qu’« il fallait tout faire pour instaurer un climat de dialogue » tout en rappelant : « C’est dans cet état d’esprit que j’ai proposé dès février 2010, la levée des deux drapeaux…J’ai pris tous les risques au mépris des conséquences électorales ».

Sans surprise, le sénateur calédonien a également profité de l’occasion pour rappeler que la revendication du FLNKS est « irresponsable et provocatrice » et que cette démarche génère « une situation ubuesque ». Dans ce contexte, Pierre Frogier a déposé une proposition de loi constitutionnelle sur le bureau du Sénat pour réexaminer la question du corps électoral en Nouvelle-Calédonie. Il a également répété qu’il souhaitait l’organisation d’un comité des signataires en urgence pour sortir de la crise qui paralyse la Nouvelle-Calédonie. Visiblement, le président du Rassemblement n’a pas entendu le FLNKS qui ne veut ni d’un comité des signataires urgent ni d’un report des provinciales.

Th. S.